Les deux nations ambitionnent de poser les bases d’un partenariat durable, structuré autour d’intérêts communs et d’une vision commune pour les années à venir. Une telle démarche rappelle l’esprit du traité de l’Élysée, conclu en 1963 entre la France et l’Allemagne, marquant ainsi une volonté de renforcer les liens bilatéraux sur le long terme.
Une commission dédiée a été mise en place, non pas pour négocier directement le traité, mais pour proposer des orientations clés. Parmi celles-ci figurent les grands principes du partenariat, les priorités stratégiques à l’horizon 2035-2040, ainsi que les modalités de dialogue politique et de coopération dans des domaines variés : économie, sécurité, défense, éducation et culture.
Pourquoi un traité d’amitié franco-marocain ?
Ce nouvel accord remplacera l’ancien pacte de La Celle-Saint-Cloud, signé en 1955, qui avait scellé la fin du protectorat français au Maroc et permis le retour de Mohammed V sur le trône. Ce texte historique avait également acté l’indépendance du pays le 2 mars 1956.
L’objectif aujourd’hui est double : consolider les acquis d’une coopération déjà exceptionnelle et établir une relation d’égal à égal, ancrée dans une perspective temporelle large. Ce traité vise à formaliser une alliance solide, adaptée aux défis du XXIe siècle.
Quatre piliers pour un partenariat renforcé
1. Une coopération économique ambitieuse
La France s’engage à investir massivement dans des secteurs stratégiques marocains : automobile, ferroviaire, défense et transport maritime. L’accent sera mis sur la modernisation des infrastructures, avec l’adoption des technologies les plus performantes. En contrepartie, le Maroc offrira un accès privilégié aux entreprises françaises pour ses grands projets d’infrastructures, accompagné d’incitations fiscales avantageuses.
2. Sécurité et défense : vers une autonomie industrielle
Ce pilier prévoit des transferts de technologies militaires pour faire du Maroc un centre régional de production d’équipements (aviation, munitions, blindés, etc.). Il inclut également des programmes communs de formation, un renforcement de la coordination en matière de renseignement et une collaboration accrue pour répondre aux défis sécuritaires, notamment au Sahel.
3. Culture et éducation : préserver et développer les échanges
La langue française conservera une place centrale dans le système éducatif marocain, tout en laissant une place à l’anglais. Plus de 42 000 étudiants marocains étudient déjà en France, un chiffre que le traité vise à augmenter. Le réseau des instituts culturels français sera étendu, avec l’ouverture de nouveaux établissements, notamment dans les provinces du Sud.
4. Géopolitique : un soutien mutuel aux intérêts stratégiques
La France apportera son appui au plan d’autonomie pour le Sahara, validé par le Conseil de sécurité dans le cadre d’un règlement négocié. Elle défendra également les intérêts marocains au sein de l’Union européenne, notamment dans les secteurs agricole et halieutique. Parallèlement, le Maroc pourrait devenir un partenaire clé pour la France en Afrique de l’Ouest, où Paris cherche à regagner en influence.
«Ce traité de l’amitié lierait la France à un État non membre de l’Union européenne, alors que l’Algérie n’a jamais réussi à finaliser un accord similaire depuis plus de vingt ans, malgré plusieurs tentatives sous différentes présidences.»
— Mustapha Sehimi
Ce traité symbolise une alliance inédite entre Paris et Rabat. Contrairement à ce qu’a connu l’Algérie, qui n’a jamais abouti à un accord équivalent malgré de nombreuses tentatives, le Maroc se positionne comme une puissance régionale incontournable. Ce partenariat pourrait servir de modèle pour de nouvelles formes de coopération entre l’Europe et l’Afrique, combinant stabilité, croissance et innovation.
