Minembwe, épicentre d’un conflit qui déchire la République démocratique du Congo
Dans la province du Sud-Kivu, à Minembwe, la situation sécuritaire reste alarmante. Malgré les multiples appels à la cessation des hostilités, les combats persistent, frappant de plein fouet les populations civiles. Entre déplacements massifs, bombardements quotidiens et destruction des infrastructures vitales, les habitants subissent un conflit sans fin.
Des engagements internationaux pour un cessez-le-feu qui ne tient pas
Les gouvernements de la République démocratique du Congo et du Rwanda ont réaffirmé leur volonté de mettre un terme aux hostilités à Minembwe. Une rencontre récente, tenue à Londres, a permis de réitérer l’application de l’accord de paix signé en juin 2025 et de renforcer le respect du cessez-le-feu. Pourtant, sur le terrain, les combats continuent de faire rage.
Cette zone stratégique du Sud-Kivu cristallise les tensions entre l’armée congolaise et les rebelles du M23, soutenus par leurs alliés respectifs : les milices Wazalendo et Twirwaneho. Minembwe, territoire administratif du territoire de Fizi, est devenue le théâtre d’une guerre sans merci.
Des infrastructures médicales ciblées : l’hôpital de Minembwe pris dans la tourmente
Les frappes se multiplient, frappant indistinctement civils et infrastructures essentielles. Un habitant de Minembwe témoigne : « Le bloc de pédiatrie de l’hôpital général de référence a été bombardé hier. Le centre de santé Ilundu, situé près de l’aérodrome, a également subi des frappes. Chaque jour, les drones sillonnent le ciel, semant la terreur. La population, en proie à la panique, a dû fuir. La situation est intolérable, et ces attaques répétées de drones épuisent moralement les habitants. »
Des civils en première ligne face à l’intensification des combats
Les affrontements récents autour de Minembwe ont provoqué des déplacements massifs de populations. Face à cette crise humanitaire, le collectif des organisations de la société civile du Sud-Kivu exige le respect strict des accords signés, en commençant par le cessez-le-feu. Hypocrate Marume, membre du cadre de concertation de la société civile, alerte : « Les civils paient le prix fort de cette guerre. Ils continuent d’être pris pour cible par les belligérants. La crise s’aggrave, et c’est la population qui en meurt. Nous, acteurs de la société civile du Sud-Kivu, réitérons notre appel à un désarmement immédiat et à l’ouverture de négociations pour la paix. »
Minembwe, un enjeu stratégique aux dimensions multiples
Les combats à Minembwe s’inscrivent dans un contexte de tensions communautaires et de rivalités territoriales. Selon Philippe Doudou Kaganda, directeur scientifique du Centre de recherche sur les conflits et la paix dans la région des Grands Lacs, cette zone est un carrefour stratégique : « Minembwe offre à la faction qui l’occupe un avantage militaire et symbolique majeur. Elle permet de mener des contre-offensives vers les plateaux environnants et la plaine de la Ruzizi. Ce territoire relie également le territoire de Mwenga. Minembwe est le théâtre de conflits récurrents depuis des décennies. Sa conquête représente une victoire territoriale et ethnicisée. »
Pour les habitants de Minembwe, la paix reste un vœu pieux. Entre bombardements de drones et échanges de tirs incessants, la vie quotidienne est rythmée par la peur et l’incertitude.
