Le Niger peut-il vraiment tirer profit de son uranium face à la fin de l’ère orano ?

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Depuis la rupture avec Orano et la nationalisation de ses mines d’uranium, le Niger a engagé une refonte profonde de sa stratégie minière. Mais cette souveraineté retrouvée suffit-elle à garantir des revenus optimaux pour l’État ? Entre opportunités géopolitiques, courses aux prix et zones d’ombre contractuelles, le pari nigérien tient-il ses promesses.

Une souveraineté minière acquise, mais une filière à reconstruire

Le divorce avec Orano a marqué un tournant historique. En juin 2025, l’État nigérien a repris le contrôle de la Somaïr, exploitant phare d’Arlit, après des décennies de partenariat inégal. Pourtant, cette nationalisation s’accompagne d’un bilan industriel inquiétant : la production d’uranium a chuté de plus de 75 % depuis 2015, passant de 4 116 tonnes à seulement 962 tonnes en 2024. Une seule mine reste en activité, alors que des projets dormants attendent des investissements massifs.

Pour Niamey, la souveraineté minière ne se décrète pas. Elle se construit. Et aujourd’hui, le Niger doit combler un retard structurel : infrastructures vieillissantes, manque de capitaux, et une logistique minière à moderniser. Sans oublier le contentieux qui oppose l’État nigérien à Orano, bloquant temporairement certaines ventes.

Cette fragilité explique pourquoi, malgré des réserves stratégiques, le pays peine encore à transformer son uranium en levier économique majeur.

Les nouveaux partenaires vont-ils enfin payer le prix fort ?

Le marché de l’uranium n’a rien d’un marché boursier transparent. Les prix ne sont pas fixés en temps réel, mais négociés au cas par cas entre producteurs et acheteurs, avec des formules variables. En 2020, par exemple, la Somaïr vendait son uranium autour de 83,75 euros le kilogramme. Aujourd’hui, les cours spot dépassent allègrement les 90 dollars la livre (environ 198 euros/kg), mais les contrats longs restent bien moins rémunérateurs, autour de 55 dollars/livre.

C’est dans ce contexte que le Niger a diversifié ses relations : rapprochement avec la Russie, intérêt de la Chine, et même discussions avec des acteurs occidentaux. Mais ces partenariats suffisent-ils à garantir des revenus supérieurs à ceux obtenus avec Orano ? Rien n’est moins sûr.

Les données disponibles montrent plutôt une équation complexe :

  • Le prix international de l’uranium a effectivement augmenté, offrant une marge de manœuvre inédite.
  • Les nouveaux partenaires (Russie, Chine) ne sont pas toujours des acheteurs directs, mais des alliés pour développer de futures mines.
  • Certains accords restent confidentiels, voire contestés, comme cet épisode de 2025 où 1 000 tonnes de yellowcake ont été déplacées d’Arlit vers Niamey sous haute protection militaire, sans que leur destination ou le prix ne soient officialisés.

L’ombre des contrats russes et iraniens

Parmi les rumeurs les plus persistantes figure un prétendu accord avec la Russie pour la vente de 1 000 tonnes de yellowcake à 170 millions de dollars. Si ce chiffre était avéré, cela représenterait environ 77 dollars la livre – un niveau inférieur au spot de 2026, mais conforme à certains contrats longs. Problème : ni Niamey ni Rosatom n’ont confirmé cet arrangement. Seuls les mouvements logistiques et des sources indirectes en attestent.

Un scénario similaire avait émergé avec l’Iran en 2024 : des négociations secrètes pour 300 tonnes, estimées à 56 millions de dollars. Là encore, le gouvernement nigérien a démenti toute vente effective, évoquant un simple intérêt commercial sans suite.

Ces zones grises soulèvent une question cruciale : le Niger vend-il aujourd’hui son uranium à meilleur prix qu’avec Orano… ou simplement plus discrètement ?

Le vrai défi : transformer l’opportunité en revenus concrets

Trois atouts plaident en faveur d’un avantage pour Niamey :

  • Des cours internationaux au plus haut : en 2026, l’uranium dépasse régulièrement les 90 dollars la livre, contre moins de 50 en 2020.
  • Une diversification des débouchés : la Russie, la Chine et même l’Occident offrent des options de négociation multiples.
  • Un contrôle accru sur la chaîne de valeur : l’État nigérien gère désormais directement une partie essentielle de l’exploitation, via des entités comme la Teloua Safeguarding Uranium Mining Company.

Pourtant, trois obstacles majeurs freinent cette transition :

  • La baisse de la production : avec seulement 962 tonnes en 2024, le Niger a perdu son statut de grand producteur.
  • Des problèmes logistiques : transport sécurisé, infrastructures vieillissantes, et contentieux avec Orano qui bloquent temporairement les ventes.
  • Une opacité contractuelle persistante : impossible, à ce stade, de comparer objectivement les revenus actuels avec ceux d’Orano, faute de transparence.

En septembre 2025, un tribunal arbitral a même interdit au Niger de vendre l’uranium produit par la Somaïr en litige, pénalisant encore davantage son autonomie commerciale.

Et demain ? le Niger peut-il devenir un acteur majeur du marché ?

Le pays mise sur un nouveau modèle : attirer des investisseurs étrangers pour relancer l’exploitation, tout en jouant sur la concurrence entre puissances (Russie vs Occident) pour maximiser les revenus. En 2026, le projet Dasa de Global Atomic, soutenu par les États-Unis à hauteur de 414 millions de dollars, illustre cette stratégie.

Pourtant, le succès de cette approche dépendra de trois facteurs :

  • La relance de la production : il faudra rouvrir des mines et moderniser les sites existants.
  • La sécurisation des ventes : éviter les contrats défavorables ou les ventes sous pression.
  • La transparence : publier des données fiables sur les prix et les volumes pour attirer des partenaires sérieux.

Pour l’instant, le Niger navigue entre opportunités et incertitudes. La souveraineté minière est acquise, mais le trésorier national reste à construire.

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A propos Harouna Traoré

Journaliste
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