Burkina Faso : comment les milliards de l’investissement public fondent-ils comme neige au soleil ?

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Un déficit criant entre les promesses et les réalisations au Burkina Faso

Chaque année, le gouvernement du Burkina Faso engage des milliards de francs CFA dans des projets d’infrastructures censés transformer le quotidien des citoyens. Pourtant, les rapports d’évaluation révèlent un écart vertigineux : seulement 37 % de ces projets aboutissent réellement. La question est devenue incontournable : que deviennent les 63 % manquants ? La réponse soulève des dysfonctionnements structurels qui hypothèquent l’avenir économique du pays.

L’administration, ce maillon faible qui sabote les projets

Les retards administratifs et les lourdeurs bureaucratiques ne sont pas de simples anecdotes. Ce sont les premiers responsables de l’échec de nombreux chantiers. Les études de faisabilité bâclées, les erreurs de conception et les priorités mal définies transforment des promesses en gouffres financiers. Dès les premières semaines, les imprévus techniques s’accumulent, les budgets explosent, et les projets s’enlisent dans une spirale de surcoûts et de renoncements.

Les études techniques : des fondations fragiles pour des milliards gaspillés

Un projet inscrit au budget sans une étude de faisabilité rigoureuse est comme une maison construite sur du sable. Les coûts mal évalués, les sites inadaptés ou les objectifs flous garantissent l’échec dès le départ. Résultat : les premiers décaissements sont engloutis avant même que les premiers coups de pioche ne soient donnés, laissant derrière eux des chantiers inachevés et des montagnes de dettes.

Les paiements en retard : un frein mortel pour les entreprises locales

Les procédures d’attribution des marchés publics, déjà lourdes, se doublent trop souvent de retards de paiement de l’État. Les entreprises du BTP, étranglées par un manque de trésorerie, sont contraintes d’abandonner les chantiers en cours. Ces retards ne sont pas anodins : ils condamnent des mois, voire des années, de travail à néant et creusent un fossé supplémentaire entre les promesses et les réalités.

Des infrastructures livrées… puis oubliées

Même lorsque, contre toute attente, un projet parvient à être achevé, la bataille n’est pas encore gagnée. Beaucoup d’infrastructures, comme les routes ou les réseaux électriques, se dégradent prématurément faute d’entretien. Sans budgets dédiés à la maintenance, ces réalisations deviennent des fardeaux plutôt que des leviers de développement. Le capital public s’effrite, et les millions investis partent en fumée dès les premières pluies.

Les partenariats public-privé : une fausse solution sans réforme profonde

Face à cette situation, certains misent sur les partenariats public-privé (PPP) pour relancer les investissements. L’idée est séduisante sur le papier : attirer des capitaux privés pour accélérer les projets. Pourtant, sans une amélioration préalable de la gouvernance et des capacités de contrôle de l’État, ces partenariats risquent de transformer les promesses en nouvelles dettes. Les surcoûts et les garanties publiques pourraient alourdir les budgets futurs sans garantir une meilleure exécution.

La réforme nécessaire : de la théorie à l’action sur le terrain

Injecter davantage de fonds dans un système où 63 % des projets disparaissent avant d’aboutir revient à verser de l’eau dans un panier percé. Pour le citoyen burkinabè, la seule véritable mesure de succès reste la livraison effective et durable d’infrastructures utiles. Avant de chercher de nouvelles ressources, l’urgence absolue est de corriger les failles de la chaîne d’exécution publique : transparence, suivi rigoureux et respect des délais.

Vers un système où chaque franc compte

Le Burkina Faso a besoin d’une révolution dans la gestion de ses investissements publics. Cela passe par :

  • Des études de faisabilité exhaustives et réalistes avant tout engagement budgétaire.
  • Un calendrier de paiement respecté pour éviter l’asphyxie des entreprises locales.
  • Des budgets dédiés à la maintenance pour préserver les infrastructures existantes.
  • Un contrôle accru et indépendant des projets, de leur conception jusqu’à leur livraison.

Seule une telle réforme permettra de transformer les milliards engagés en développement tangible pour les populations.

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A propos Harouna Traoré

Journaliste
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