La réouverture du corridor commercial entre le Nigeria et l’Extrême-Nord camerounais, amorcée en 2019 et consolidée par une sécurisation accrue, redessine le quotidien des populations locales. Transporteurs, commerçants et douaniers mesurent déjà les effets tangibles d’un trafic qui reprend des couleurs, alors que les recettes douanières s’envolent et que les habitants misent sur ce commerce pour amortir les chocs climatiques.
Un corridor sécurisé qui redonne confiance aux transporteurs
Sur la piste sableuse reliant le Nigeria au Cameroun, les camions de marchandises se croisent à nouveau. Longtemps vulnérables aux attaques de Boko Haram, ces convois circulent désormais sous bonne escorte. Aboubacar Mahamed, chauffeur nigérian, achemine des sacs de mil vers N’Djamena, au Tchad. Son témoignage illustre le changement : « Du Nigeria, de Kano en passant par Maiduguri, puis de Maiduguri à Banki pour entrer à Kourgui, nous n’avons eu aucun problème. La sécurité est assurée de Kourgui à Amchidé et jusqu’à Yagoua, aucun souci sur la route. »
La prudence reste toutefois de mise. Le conducteur reconnaît que certains créneaux horaires demeurent plus risqués : « Les soldats camerounais du Bataillon d’intervention rapide font beaucoup d’efforts, mais si le camion tombe en panne entre 18 heures et 19 heures, il vaut mieux passer la nuit sur place ou dans la brousse. Vers 6 heures du matin, on peut redémarrer. Mieux vaut circuler de 6 heures à 17 heures. »
Des retombées économiques directes pour les populations
Pour atteindre Kourgui, les camionneurs passent par Limani, principal poste douanier côté camerounais. Fermé en 2014 en raison des exactions de Boko Haram, il a rouvert il y a sept ans. Célestin Delanga, spécialiste des questions de sécurité dans le bassin du lac Tchad à l’Institut d’études de sécurité (ISS), décrypte les enjeux : « Le Cameroun exporte des produits vivriers et du bétail vers le Nigeria, il importe du carburant, du textile, de l’électronique et des pièces détachées, entre autres. Cela contribue à assurer la sécurité économique. L’amélioration du trafic, permise par le renforcement du dispositif sécuritaire le long des axes commerciaux transfrontaliers, redynamise les échanges. »
Les populations, éprouvées par des années de violences, bénéficient elles aussi de ce regain d’activité. Le commerce transfrontalier joue aujourd’hui un rôle de filet de sécurité dans une région frappée par de nouvelles difficultés climatiques. « Il y a deux ans, les inondations ont détruit les cultures et les moyens de subsistance. Cette année, c’est la sécheresse qui paralyse la saison des pluies. Le commerce transfrontalier est une sorte de bouée de sauvetage », souligne le chercheur.
Des recettes douanières en forte hausse
La dynamique des échanges se traduit directement dans les chiffres. Les recettes douanières ambitionnent d’atteindre 741 milliards de francs CFA pour les neuf premiers mois de 2026, contre seulement un milliard de francs CFA en 2023. Une progression spectaculaire qui témoigne de l’ampleur du phénomène et de son impact sur les finances publiques camerounaises.