Fermeture des frontières du Niger et du Bénin : comment l’Algérie peut-elle faire avancer la coopération économique en afrique de l’ouest ?

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Comment tisser des liens économiques durables en Afrique de l’Ouest alors que les frontières restent fermées entre deux partenaires clés ? C’est la question que pose la présence remarquée de l’Algérie au Benin Deal Room 2026, où Alger a exposé son ambition de transformer ses échanges commerciaux en partenariats industriels concrets. Entre opportunités économiques et paradoxes géopolitiques, l’avenir de la coopération Sud-Sud se joue désormais à la croisée des enjeux sectoriels et des réalités frontalières.

Cotonou, nouveau terrain de jeu des ambitions africaines

Pendant trois jours, la capitale économique du Bénin a abrité un rassemblement d’envergure : le Benin Deal Room 2026. Organisé avec le soutien des autorités béninoises, cet événement a mis en lumière un portefeuille de plus de vingt projets nécessitant entre 2 et 3 milliards de dollars de financements, dans des secteurs aussi variés que l’industrie pharmaceutique, l’agro-alimentaire, les infrastructures logistiques et les énergies renouvelables. L’objectif ? Créer un pont direct entre les investisseurs et les initiatives les plus prometteuses pour concrétiser des partenariats tangibles.

Cette dynamique a attiré une délégation algérienne multisectorielle, composée de dirigeants d’entreprises publiques majeures comme Saidal (industrie pharmaceutique) et SAIEG (énergies électriques et gazières, filiale de Sonelgaz). Pour Alger, l’enjeu ne se limite pas à une simple représentation diplomatique : il s’agit de pénétrer durablement le marché ouest-africain en identifiant des niches porteuses et en nouant des alliances stratégiques.

Diplomatie économique : l’Algérie mise sur l’industrie, l’énergie et l’innovation

Après avoir longtemps misé sur la coopération politique et sécuritaire, l’Algérie opère un virage stratégique en priorisant désormais les leviers économiques. Le Bénin, avec son port de Cotonou et sa Zone industrielle de Glo-Djigbé, représente un hub idéal pour concrétiser cette nouvelle approche. Ce pays, en pleine industrialisation, cherche à valoriser sa position géographique pour développer des chaînes de valeur locales et régionales – une aubaine pour les entreprises algériennes.

Plusieurs secteurs se dégagent comme prioritaires :

  • Le médicament : l’industrie pharmaceutique algérienne, reconnue pour son expertise, pourrait exporter ses produits, transférer des technologies ou même envisager des productions locales en Afrique de l’Ouest.
  • L’énergie : avec Sonelgaz, l’Algérie dispose d’un savoir-faire solide dans la production, la distribution et les solutions énergétiques, un atout pour des pays confrontés à des pénuries chroniques. Les énergies renouvelables, notamment le solaire, offrent également des perspectives dans les zones sahéliennes.
  • Les infrastructures : des projets comme le Gazoduc transsaharien (reliant le Nigeria à l’Europe via le Niger et l’Algérie) ou les axes routiers transsahariens pourraient renforcer les échanges entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne.

L’ambition est claire : passer d’une logique d’exportation à une démarche d’investissement productif, incluant formation, innovation et création de valeur locale.

Le paradoxe nigéro-béninois : des frontières fermées au cœur de l’intégration régionale

Cependant, cette stratégie se heurte à une réalité géopolitique complexe : la frontière entre le Niger et le Bénin, fermée depuis juillet 2023 en raison de tensions post-coup d’État, reste un frein majeur à la fluidité des échanges. Pourtant, les deux pays entretiennent des intérêts économiques complémentaires : le Bénin est un débouché maritime crucial pour le Niger, enclavé, tandis que ce dernier représente un corridor stratégique pour l’accès aux ressources nigériennes.

Malgré des avancées en matière de sécurité et de transit en 2026, aucun calendrier ferme de réouverture n’a été acté à ce jour. Les conséquences sont lourdes : les marchandises destinées au Niger doivent emprunter des routes détournées, entraînant des retards et des surcoûts qui paralysent les chaînes logistiques. Pour l’Algérie, qui mise sur des axes comme le Gazoduc transsaharien ou la route transsaharienne Alger-Lagos, cette situation est un signal d’alerte : sans circulation sécurisée, les infrastructures les plus ambitieuses perdront une grande partie de leur utilité.

Coopération Sud-Sud : vers une intégration économique africaine ou un simple vœu pieux ?

Le cas nigéro-béninois soulève une question cruciale : une coopération Sud-Sud efficace peut-elle coexister avec des frontières fermées ? Pour que cette ambition prenne vie, plusieurs conditions doivent être réunies :

  • La réouverture des frontières : un geste bilatéral qui pourrait devenir un symbole de confiance mutuelle entre les États.
  • Des corridors logistiques sécurisés : pour fluidifier les échanges de marchandises, de capitaux et de compétences.
  • Des projets structurants : comme le Gazoduc transsaharien ou les zones industrielles régionales, capables de créer des emplois et de renforcer la résilience économique.

L’Algérie, via sa délégation au Benin Deal Room 2026, montre qu’elle mise sur une nouvelle génération de partenariats : non plus des échanges commerciaux classiques, mais des investissements durables, des transferts de technologie et des alliances industrielles. Le défi ? Transformer les promesses en actes concrets.

L’Afrique de demain se construit-elle avec ou sans frontières ?

Le message de Cotonou est sans ambiguïté : l’Afrique attire désormais les capitaux africains eux-mêmes, mais le véritable enjeu réside dans la capacité des États à dépasser leurs divisions. Produire des médicaments en Afrique pour l’Afrique, développer des équipements électriques localement, transformer les matières premières sur place… Ces objectifs ne pourront être atteints qu’à une condition : que les frontières ne deviennent pas les limites de l’ambition africaine.

L’Algérie a choisi son camp : celui d’une intégration économique pragmatique. Reste à savoir si le continent saura lui emboîter le pas.

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A propos Harouna Traoré

Journaliste
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