Genève : un plaidoyer marocain pour une approche globale des droits fondamentaux
Dans un contexte international où la corruption est de plus en plus perçue comme une menace majeure pour les droits humains, le Maroc a marqué les esprits lors d’un événement organisé à Genève. Cette initiative s’inscrit dans la continuité des travaux du Conseil des droits de l’Homme, notamment la résolution 59/6 adoptée en juillet 2025. Cette dernière souligne le lien indissociable entre la lutte contre la corruption et la protection des droits fondamentaux, deux enjeux qui se renforcent mutuellement. Les engagements internationaux, comme la Convention des Nations unies contre la corruption ou la Déclaration de Marrakech de 2011, insistent sur l’importance d’une approche préventive, fondée sur l’État de droit, la démocratie et le respect des droits humains.
Le Maroc défend une stratégie intégrée pour une gouvernance transparente
L’ambassadeur Omar Zniber, représentant permanent du Royaume auprès des Nations unies à Genève, a modéré les débats lors de cette rencontre. Il a qualifié cette initiative de «cruciale» pour le multilatéralisme, mettant en avant les contributions des hauts responsables marocains et le rôle de leader du Maroc dans ce domaine. L’accent a été mis sur la mobilisation coordonnée des institutions nationales et l’alignement avec les orientations stratégiques du Royaume en matière de transparence et de gouvernance.
La corruption, un frein majeur à l’accès aux droits essentiels
El Habib Belkouch, délégué interministériel aux droits de l’Homme, a recentré le débat sur l’impact concret de la corruption. Selon lui, elle ne se limite pas à un problème de gouvernance, mais constitue «un obstacle majeur à la jouissance effective des droits de l’Homme». Il a illustré ses propos en expliquant que «chaque ressource détournée prive les citoyens d’accès à la justice, aux soins, à l’éducation ou à l’emploi». Les groupes les plus vulnérables, notamment les femmes et les populations marginalisées, sont les plus touchés par ces conséquences.
Prévention et transparence : les clés d’une lutte efficace
Pour El Habib Belkouch, la prévention reste l’un des leviers les plus efficaces contre la corruption. Il a souligné l’importance de principes comme la transparence, le droit d’accès à l’information, la participation citoyenne et la reddition des comptes. Ces outils, selon lui, ne sont pas seulement des droits fondamentaux, mais aussi des moyens essentiels pour prévenir la corruption. Il a insisté sur la nécessité de renforcer la coordination entre les institutions, qualifiant celle-ci de «priorité majeure» pour améliorer l’efficacité des politiques publiques.
Une vision structurelle de l’interdépendance entre corruption et droits humains
Mohamed Benalilou, président de l’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption, a apporté une dimension encore plus structurelle à ce débat. Pour lui, le lien entre ces deux enjeux évolue vers une interdépendance structurelle, marquant une transformation profonde des cadres d’action. Il a rappelé que la corruption ne se limite pas à des fonds détournés, mais a des «victimes réelles» privées de leurs droits. Il a également mis en lumière des dimensions encore peu explorées, comme la corruption fondée sur le genre, qu’il considère comme un obstacle à l’égalité.
Vers une gouvernance préventive fondée sur les droits de l’Homme
Mohamed Benalilou a plaidé pour un changement de paradigme, estimant que la prévention de la corruption doit devenir une obligation positive pour les États. Selon lui, elle doit s’intégrer dans une logique de diligence raisonnable en matière de droits de l’Homme. Il a appelé à préserver l’espace civique et à reconnaître les lanceurs d’alerte comme des défenseurs des droits humains. Son objectif ? Passer à un modèle d’«intégrité institutionnelle», où les institutions ne se contentent pas de lutter contre la corruption, mais protègent activement les droits et garantissent l’égalité.
Sur le plan international, il a insisté sur la nécessité de renforcer la cohérence entre les processus de Genève, Vienne et New York. Les obligations issues de la Convention des Nations unies contre la corruption et celles relatives aux droits humains doivent, selon lui, être considérées comme deux facettes d’un même engagement. Il a appelé à la création de «passerelles structurelles» entre les institutions et à l’émergence d’une gouvernance préventive fondée sur les droits de l’Homme.
Un consensus sur l’urgence d’agir ensemble
Au fil des échanges, les participants ont souligné l’urgence de renforcer les synergies entre les différents acteurs — États, institutions internationales et société civile. L’accent a été mis sur le rôle clé de l’éducation, du renforcement des capacités, de la participation citoyenne et des technologies numériques. Ces outils sont considérés comme indispensables pour promouvoir une bonne gouvernance, renforcer la transparence et prévenir les abus.
