Violences envers les femmes élues : le Parlement de la rdc face à son sexisme
Un incident récent a braqué les projecteurs sur un problème persistant au sein de l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo. Lors d’une séance plénière, une députée a été la cible de remarques sexistes et dégradantes émanant du deuxième vice-président de l’hémicycle. Ces propos, largement relayés par les réseaux sociaux, ont suscité une vague d’indignation, révélant une réalité troublante : l’espace parlementaire congolais reste un terrain hostile pour les femmes politiques.
La scène, capturée en vidéo, montre Micheline Mpundu terminant sa prise de parole avant de quitter le perchoir. Christophe Mboso, alors président de séance, commente publiquement son apparence physique en ces termes : « Merci collègue, elle est très belle… hein. » Il ajoute en lingala : « Regardez-la par vous-mêmes » et mime, mains levées, les formes du corps de l’élue, déclarant : « Dieu l’a créée » et « ce sont les biens d’un autre ». Sous les rires et applaudissements de certains députés, l’hémicycle a poursuivi ses travaux comme si de rien n’était. Ce n’est qu’après des pressions internes et externes que Mboso a présenté des excuses, sans pour autant être sanctionné.
Cette affaire soulève une question cruciale : quand les parlements africains, et particulièrement celui de la RDC, cesseront-ils d’être des lieux de discrimination envers les femmes qu’ils sont censés représenter ?
Un problème structurel, pas un simple écart de conduite
Ce cas n’est pas une exception isolée. Il s’inscrit dans un phénomène plus large de violences verbales et symboliques subies par les femmes élues en Afrique. Les études comparatives montrent que ces agressions ne sont pas le fait d’individus isolés, mais reflètent une culture institutionnelle profondément ancrée, où le sexisme s’affiche sans complexe.
Les données de l’Union interparlementaire révèlent qu’en 2016, plus de 65 % des femmes parlementaires dans le monde ont subi des insultes ou des agressions verbales répétées. En Afrique, cette tendance est amplifiée par des normes sociales qui remettent en cause le droit des femmes à siéger dans les instances décisionnelles. Leur légitimité est souvent contestée, non pas sur leurs idées ou leurs actions, mais sur leur apparence, leur statut marital ou leur conformité aux rôles traditionnels.
Les cas congolais illustrent cette réalité : en 2020, le président du Sénat, Thambwe Mwamba, a publiquement humilié une sénatrice en l’accusant de lui avoir fait des avances, une accusation infondée utilisée pour la discréditer. En 2021, un député a interrompu une collègue en déclarant simplement : « Vous êtes une femme », réduisant ainsi sa parole à une identité de genre plutôt qu’à une contribution politique.
L’Afrique et au-delà : des violences parlementaires récurrentes
La RDC n’est pas le seul pays concerné. Au Sénégal, une députée enceinte a été frappée en plein hémicycle en 2022. Au Nigeria, une sénatrice a été suspendue pour avoir dénoncé le harcèlement sexuel dont elle était victime de la part du président du Sénat. Ces exemples démontrent que, malgré des lois progressistes, la dignité des femmes élues reste souvent bafouée.
Ces violences ne se limitent pas aux murs des parlements. Elles sont le reflet d’un système plus large, où le patriarcat colonial, comme l’explique la féministe María Lugones, a naturalisé la domination masculine dans les institutions. Les femmes, bien qu’élues démocratiquement, sont souvent réduites à leur corps ou à leur rôle social traditionnel, plutôt qu’à leur fonction législative.
Des solutions existent, mais la RDC reste en retard
Certains parlements africains et internationaux ont mis en place des mécanismes pour lutter contre ces violences. Des campagnes comme #NotTheCost ou #NotInMyParliament ont montré qu’une culture institutionnelle pouvait évoluer grâce à des sanctions ciblées et à la protection des victimes. En RDC, malgré l’adoption de lois progressistes, comme le projet de loi sur les violences faites aux femmes examiné en 2025, leur application reste insuffisante.
L’absence de sanction contre Mboso envoie un message clair : les comportements sexistes sont tolérés, voire encouragés, dans les plus hautes instances de l’État. Pourtant, les femmes représentent 51 % de la population congolaise, mais seulement 13 % des députés. Leur sous-représentation ne justifie en rien les humiliations qu’elles subissent.
La militante Simone de Beauvoir écrivait en 1949 que les femmes étaient définies comme « les autres ». Soixante-dix-sept ans plus tard, cette altérité persiste au Parlement congolais. Tant que les violences sexistes resteront impunies, l’hémicycle restera un lieu misogyne, alors qu’il devrait incarner la diversité et l’égalité.
Vers une transformation nécessaire
La RDC a ratifié des conventions internationales et adopté des lois ambitieuses. Pourtant, dans les faits, rien ne change. Les applaudissements qui ont accompagné les propos de Mboso ne sont pas anodins : ils révèlent un système qui tolère l’inacceptable. La dignité des femmes élues ne peut plus être sacrifiée sur l’autel d’une tradition patriarcale dépassée.
Il est temps d’agir. Les sanctions doivent être appliquées, les campagnes de sensibilisation renforcées, et les victimes protégées. Le silence n’est plus une option. Si la RDC veut incarner une démocratie moderne, elle doit commencer par garantir la sécurité et le respect de ses femmes élues, qui représentent la moitié de sa population.
