Tchad : la Chine domine les importations tandis que les émirats arabes unis achètent ses exportations

Le Tchad entretient des relations commerciales asymétriques avec deux puissances mondiales : la Chine, qui alimente massivement son marché en produits manufacturés, et les Émirats arabes unis, qui absorbent une grande partie de ses exportations. Ces dynamiques, révélées par les dernières statistiques douanières, illustrent une dépendance structurelle de N’Djamena envers deux acteurs économiques aux rôles radicalement opposés.

Conteneurs et produits manufacturés illustrant les échanges commerciaux entre la Chine et le Tchad

La Chine, premier fournisseur du Tchad avec près d’un tiers des importations

En 2025, la Chine a livré pour plus de 306,5 milliards de FCFA de marchandises au Tchad, soit 30,7 % des importations totales du pays. Un chiffre qui place Pékin en tête des fournisseurs, loin devant ses concurrents directs : le Cameroun (108,4 milliards, soit trois fois moins) et la Libye (85,8 milliards). Cette domination s’inscrit dans une logique commerciale Nord-Sud classique, où le Tchad importe des produits manufacturés, des équipements industriels et des biens de consommation courante, tandis qu’il exporte principalement des matières premières vers la Chine.

Cette relation, bien que déséquilibrée, s’inscrit dans une stratégie plus large de Pékin en Afrique, où les investissements chinois ont permis de renforcer les infrastructures et les échanges commerciaux depuis vingt ans. Le Tchad, malgré ses ressources pétrolières, reste dépendant de ces importations pour son approvisionnement interne.

Les Émirats arabes unis, principaux acheteurs des exportations tchadiennes

À l’export, le paysage est tout aussi concentré : les Émirats arabes unis figurent en première position avec 333,3 milliards de FCFA, soit 26,2 % des exportations totales du Tchad. Ils devancent la Malaisie (297,8 milliards) et l’Allemagne (279,9 milliards). Contrairement à la Chine, les Émirats ne jouent pas un rôle de fournisseur, mais plutôt celui d’un hub commercial. Dubai et Abu Dhabi servent de plateformes de redistribution pour le pétrole brut tchadien, qui y est parfois transformé ou mélangé avant d’être réexporté vers d’autres marchés.

Cette intermédiation permet aux Émirats de générer des marges importantes sur le transit des ressources tchadiennes, sans que N’Djamena ne maîtrise toujours la destination finale de ses exportations. Une situation qui interroge sur la souveraineté économique du Tchad dans la gestion de ses ressources naturelles.

Une concentration des échanges aux conséquences stratégiques

Les statistiques révèlent une double concentration des échanges pour le Tchad : 98,9 % de ses exportations sont destinées à seulement dix pays, tandis que 79,8 % de ses importations proviennent du même nombre de partenaires. La Chine domine clairement le volet importation, tandis que les Émirats arabes unis, la Malaisie et l’Allemagne se disputent la première place à l’export.

La France et les États-Unis, malgré leurs liens historiques avec le Tchad, ne représentent plus que 5,1 % et 5,3 % des importations respectivement. Cette évolution reflète un rééquilibrage progressif des partenariats commerciaux du Tchad, qui se tourne davantage vers l’Asie et le Moyen-Orient. D’autres acteurs émergents, comme l’Inde (4,3 %), le Togo (3,6 %) ou la Turquie (2,3 %), complètent ce tableau, mais sans remettre en cause la suprématie de Pékin.

Vers une diversification des partenariats pour réduire les risques ?

Cette concentration des flux commerciaux expose le Tchad à des vulnérabilités économiques majeures. Une dépendance excessive envers un seul fournisseur ou un nombre restreint de clients pourrait fragiliser son économie en cas de crise. Pour atténuer ces risques, une politique de diversification commerciale s’impose, tant à l’import qu’à l’export. Développer des partenariats avec de nouveaux acteurs ou renforcer les échanges intra-africains pourraient offrir des alternatives plus stables à moyen terme.

En attendant, le Tchad continue de naviguer entre les opportunités offertes par la Chine et les Émirats arabes unis, tout en cherchant à réduire les déséquilibres structurels de son commerce extérieur.