En officialisant la cessation des importations de farine de blé, de semoule et de couscous, le gouvernement de transition burkinabè entend marquer un tournant décisif vers la souveraineté économique. Présentée comme un pilier essentiel de l’« Offensive Agropastorale » et un bouclier pour les agriculteurs locaux, cette décision protectionniste audacieuse soulève néanmoins de sérieuses interrogations quant à sa mise en œuvre et ses répercussions socio-économiques concrètes sur le Burkina Faso.
Les réalités industrielles face à l’ambition
Si la rhétorique d’autosuffisance rencontre un écho favorable sur le plan politique, le tissu industriel du Burkina Faso ne dispose pas des capacités requises pour satisfaire l’intégralité de la demande nationale en farine et semoule.
- Les installations de meunerie et de transformation à l’échelle locale, souvent de nature artisanale ou de taille modeste, éprouvent encore des difficultés à garantir des volumes de production constants et une qualité homogène sur l’ensemble du territoire burkinabè.
- L’interdiction subite de l’entrée de ces produits céréaliers dérivés, sans une phase de transition adéquate, fait peser un risque tangible sur l’approvisionnement, particulièrement pour le secteur de la boulangerie et les industries agroalimentaires fortement dépendantes de la farine.
Conséquences sociales et risques d’inflation
Sur le plan social, l’argument du souverainisme pourrait rapidement se heurter à la dure réalité de l’inflation au Burkina Faso :
- En l’absence d’une offre locale suffisante et réellement compétitive, le prix des produits de première nécessité, notamment le pain et les préparations pour nourrissons, menace d’augmenter. Dans un contexte économique déjà fragilisé par l’insécurité et les déplacements massifs de populations, cette mesure risque d’accroître considérablement la charge financière des foyers les plus vulnérables.
- Les restrictions sur l’importation de biens de grande consommation ont historiquement créé un terrain propice à la contrebande transfrontalière et à la spéculation sur les prix, des phénomènes qui pourraient s’intensifier et impacter l’économie locale.
Durabilité de la mesure : un défi de taille
Au-delà de la communication gouvernementale axée sur la promotion du « consommer local », l’exécutif burkinabè privilégie la contrainte réglementaire plutôt qu’un accompagnement structurel profond. Sans un soutien financier conséquent pour la modernisation des meuneries, sans une réduction significative du coût de l’énergie pour les transformateurs et sans une sécurisation durable des zones agricoles, la suspension des importations s’apparente à une démarche précipitée et potentiellement risquée pour la souveraineté alimentaire.
Si l’ambition d’affranchir le Burkina Faso de sa dépendance alimentaire extérieure est louable, l’imposer par décret sans garantir la stabilité des prix ni l’abondance des stocks risque de transformer une promesse de souveraineté en un fardeau supplémentaire pour la population.
