À l’approche du Mondial 2026, l’effervescence autour du football au Sénégal se ressent aussi dans l’engouement pour les Paris sportifs. Dakar, capitale vibrante, voit ses habitants plonger dans cette passion naissante, transformée par la digitalisation du secteur.
Un engouement digitalisé qui séduit la jeunesse dakaroise
Dans les quartiers populaires de Dakar, les discussions autour des Paris sportifs battent leur plein. Assane, jeune parieur, partage sa stratégie : « Je mise sur deux applications : une pour la France et une autre pour le Sénégal. Ainsi, peu importe l’issue, j’ai une chance de gagner. Un ami m’a même sollicité pour tenter notre chance ensemble. »
Mohamed, lui, avoue sans détour son excitation : « Cela me passionne ! » Il a d’ailleurs déjà placé des mises sur le prochain match des Lions de la Teranga contre les Bleus. « J’ai combiné plusieurs scénarios : victoire du Sénégal, match nul avec buts marqués, Mbappé et Mané qui marquent chacun de leur côté… J’espère que tout se réalisera pour empocher un gain. »
Des pertes financières malgré l’enthousiasme
Ces dernières semaines, Mohamed a investi 80 000 francs CFA (122 euros) dans divers Paris, toutes compétitions confondues. Résultat : une perte nette de 30 000 francs CFA (45 euros). « Je parie sur tous les championnats, de la Ligue des champions à la Coupe de France, même sur des compétitions américaines ou chinoises. Le problème, c’est qu’on perd plus qu’on ne gagne. »
L’essor des Paris sportifs au Sénégal coïncide avec la période post-Covid-19. Les applications mobiles ont démocratisé l’accès à ces jeux, attirant toutes les couches sociales. Malick Diouf, organisateur du Dakar Sport Summit, explique : « Dans un pays majoritairement musulman où les Paris traditionnels sont mal perçus, la digitalisation a brisé les tabous. Chacun peut jouer discrètement, sans crainte d’être jugé. »
Un secteur en pleine mutation économique
Trois acteurs majeurs dominent ce marché : le russe 1xBet, le français Betclic et le sénégalais Sunubet. Depuis novembre 2025, leurs revenus et les gains des parieurs sont taxés à 20%. Une manne pour l’État, qui réinvestit ces fonds dans le développement du sport, notamment amateur. « Ces recettes fiscales sont cruciales pour structurer le sport local, » souligne Malick Diouf.
Avec l’arrivée du Mondial 2026, les associations de protection alertent sur les risques de dépendance. Une période d’excès qui pourrait laisser des traces dans le paysage social dakarois.
