Le gouvernement du Sénégal a annoncé une série de coupes budgétaires massives, s’élevant à plusieurs centaines de milliards de francs CFA, afin de rétablir l’équilibre des finances publiques. Cette décision survient dans un contexte où le Plan de redressement économique et social (PRES) affiche des performances bien en deçà des attentes initiales. Les recettes initialement prévues n’ont pas été au rendez-vous, obligeant les autorités à revoir drastiquement leurs dépenses pour éviter un déséquilibre budgétaire majeur.
PRES : des recettes en dessous des prévisions
Le PRES, présenté comme le pilier de la stratégie de redressement économique par le nouveau gouvernement, devait générer des ressources additionnelles pour réduire le déficit hérité et financer les priorités sociales. Pourtant, les premières évaluations comptables révèlent un retard significatif dans les rentrées fiscales et non fiscales. Ce décalage fragilise les hypothèses macroéconomiques sur lesquelles reposait la loi de finances actuelle, forçant les responsables à prendre des mesures correctives immédiates.
Plutôt que d’aggraver le déficit ou de recourir à un endettement massif, dans un contexte où les taux d’intérêt se sont fortement alourdis, l’État sénégalais a opté pour une politique de rigueur. Des centaines de milliards de francs CFA de crédits budgétaires ont ainsi été gelés ou supprimés sur différents postes ministériels, dans le but de réajuster les dépenses aux recettes disponibles.
Dakar sous pression : l’équilibre budgétaire en jeu
Les alertes internes sont sans ambiguïté : sans ajustement rapide, le Sénégal risquerait de perdre le contrôle de ses comptes. Cette urgence est soulignée dans les documents de cadrage, reflétant l’ampleur des défis financiers auxquels le pays est confronté. Les engagements pris auprès des partenaires multilatéraux, notamment le Fonds monétaire international, imposent au Sénégal de respecter des objectifs stricts de déficit. Un non-respect pourrait entraîner une suspension des versements prévus et une hausse des coûts d’accès aux marchés financiers internationaux.
La pression ne vient pas seulement de l’extérieur. Au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), le pays doit maintenir son déficit public sous la barre des 3 % du PIB, une norme régulièrement rappelée par les institutions régionales. Les révélations de la Cour des comptes en septembre 2024 sur l’état réel de la dette publique avaient déjà poussé le gouvernement à renégocier ses accords avec les bailleurs. Les mesures actuelles s’inscrivent dans cette logique de rigueur comptable et de transparence financière.
Un arbitrage politique délicat pour le gouvernement Faye-Sonko
Pour le duo présidentiel formé par Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, l’exercice est particulièrement complexe. Élus sur une promesse de rupture économique et d’amélioration des conditions de vie, ils doivent aujourd’hui concilier discipline budgétaire et attentes sociales pressantes. Les réductions de dépenses toucheront principalement les investissements, plus faciles à ajuster que les dépenses de fonctionnement, mais aussi certains transferts sociaux. Plusieurs ministères verront leurs enveloppes budgétaires amputées de manière inédite depuis plusieurs années.
Cette stratégie comporte des risques politiques majeurs. Réduire les crédits alloués aux infrastructures ou aux subventions dans un pays encore fragile après une période d’instabilité institutionnelle pourrait alimenter le mécontentement. À l’inverse, un relâchement des efforts budgétaires exposerait le Sénégal à une dégradation rapide de sa note souveraine, déjà sous surveillance par les agences de notation comme Moody’s et S&P Global Ratings.
Le calendrier est tout aussi crucial. Les coupes annoncées doivent produire leurs effets avant la fin de l’exercice, impliquant une mise en œuvre rapide des circulaires de gel et une discipline stricte des ordonnateurs. Le ministère des Finances et du Budget, en coordination avec la Primature, sera chargé de superviser cette opération. La réussite dépendra aussi de la capacité à relancer les recettes en 2025, grâce à une réforme fiscale plus efficace et une meilleure mobilisation des ressources internes.
Au-delà de l’impact immédiat, cette décision met en lumière les limites étroites dans lesquelles le Sénégal doit évoluer pour financer ses ambitions de transformation économique. Les arbitrages en cours concernent des centaines de milliards de francs CFA et visent clairement à protéger l’équilibre budgétaire, mis à mal par les contre-performances du PRES.
