Une nouvelle ère de collaboration s’ouvre entre le Sénégal et le Botswana. Au cours d’un échange diplomatique de haut niveau, les présidents Bassirou Diomaye Faye et Duma Boko ont affirmé leur ambition de bâtir une coopération économique plus substantielle entre Dakar et Gaborone. Ces deux chefs d’État, portés au pouvoir à quelques mois d’intervalle suite à des transitions politiques, partagent une vision commune des enjeux continentaux et un engagement profond envers la souveraineté nationale.
Un axe Sud-Sud en pleine émergence
Jusqu’à présent, les flux commerciaux entre le Sénégal et le Botswana sont restés très limités. La distance géographique représente un défi majeur, les deux nations étant séparées par des milliers de kilomètres et appartenant à des zones d’intégration régionales distinctes : la CEDEAO pour Dakar et la SADC pour Gaborone. Il n’existe pas d’accords commerciaux préférentiels directs, et les investissements croisés sont encore marginaux.
C’est précisément cette lacune que les deux dirigeants entendent combler. La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), opérationnelle depuis 2021, offre désormais un cadre juridique propice à l’établissement de partenariats bilatéraux qui n’existaient pas auparavant. Les présidents Faye et Boko sont déterminés à utiliser cet instrument pour dynamiser les échanges et faciliter la circulation des biens, des services et des compétences entre leurs pays respectifs.
Des complémentarités économiques à valoriser
Sur le plan théorique, les économies sénégalaise et botswanaise présentent des profils distincts mais potentiellement complémentaires. Le Botswana, souvent cité comme un exemple de gouvernance minière en Afrique, tire l’essentiel de ses revenus de l’exploitation du diamant, dont il est le premier producteur mondial en valeur. Le pays s’efforce depuis plusieurs années de diversifier son économie, de développer la transformation locale et de réduire sa dépendance à cette filière unique.
De son côté, le Sénégal aspire à renforcer sa position dans le secteur des hydrocarbures avec l’exploitation des gisements de Sangomar et de Grand Tortue Ahmeyim, tout en consolidant ses atouts agricoles et halieutiques. Dakar développe également une expertise reconnue dans les services financiers, le numérique et la formation universitaire, des domaines où Gaborone pourrait trouver des partenaires africains francophones de premier plan. Le partage d’expériences en matière de gestion des revenus issus des ressources extractives constitue un autre axe de dialogue évident, le Botswana ayant un fonds souverain alimenté par la rente diamantifère depuis plusieurs décennies.
Une diplomatie réformatrice pour un nouvel élan
Pour le président sénégalais, cette ouverture vers Gaborone s’inscrit dans une stratégie diplomatique plus large. Depuis son investiture en avril 2024, Bassirou Diomaye Faye multiplie les contacts avec des partenaires africains moins conventionnels, au-delà des cercles traditionnels ouest-africains et maghrébins. Le Botswana, souvent considéré comme l’une des démocraties les plus stables du continent, offre une vitrine attrayante pour un gouvernement qui promeut une rupture avec les pratiques du régime précédent.
Duma Boko, avocat de profession et figure historique de l’opposition, a accédé au pouvoir fin 2024 après une alternance politique historique à Gaborone. Il partage cette volonté de réforme. Son arrivée a mis fin à près de soixante ans de règne du Botswana Democratic Party, envoyant un message fort aux populations africaines en quête de renouvellement politique. Les deux dirigeants peuvent ainsi s’appuyer sur une convergence de récits pour conférer une dimension symbolique à leur partenariat.
Il reste désormais à concrétiser ces intentions en projets tangibles. Les diplomaties devront identifier des secteurs prioritaires, lever les obstacles logistiques, notamment l’absence de liaisons aériennes directes, et établir un cadre juridique favorable aux investissements croisés. Sans un dispositif opérationnel efficace, cette déclaration pourrait rester sans suite, à l’image de nombreux mémorandums signés entre États africains. La mise en place d’une commission mixte ou d’un forum d’affaires bilatéral constituerait un premier signe concret de crédibilité.
