Manganèse gabonais : Eramet s’engage à transformer 700 000 tonnes d’ici 2031

L’industrie extractive gabonaise entre dans une nouvelle ère avec un accord historique signé à Paris. Eramet et sa filiale Eramet Comilog ont officiellement acté leur volonté de développer une filière locale de transformation du manganèse, ressource dont le Gabon est le deuxième producteur mondial. D’ici 2031, l’objectif est clair : atteindre une capacité de traitement de 700 000 tonnes sur le territoire national. Cette annonce, scellée lors d’une cérémonie officielle au palais de l’Élysée, a réuni le président de la Transition Brice Clotaire Oligui Nguema et les dirigeants du groupe minier français, illustrant l’importance stratégique de ce projet.

Une promesse industrielle longtemps attendue par Libreville

Les autorités gabonaises réclamaient depuis des années une valorisation accrue de leurs ressources minières. Jusqu’à présent, la quasi-totalité de la production de manganèse était exportée sous forme brute, privant le pays de la captation de la valeur ajoutée industrielle. Le protocole d’accord signé à Paris marque donc un changement de paradigme, bien qu’il s’agisse pour l’instant d’un cadre non contraignant. Pour Eramet, implanté au Gabon depuis plus de six décennies, cette décision s’inscrit dans un dialogue enfin concrétisé avec les autorités locales.

Le groupe minier français, coté en Bourse, tire une part majeure de ses revenus de ses activités gabonaises, notamment à Moanda dans la province du Haut-Ogooué. Pour atteindre l’objectif de 2031, plusieurs leviers seront actionnés : extension des unités métallurgiques existantes et construction de nouvelles infrastructures industrielles capables d’absorber ce volume supplémentaire.

Souveraineté minière : un pilier de la politique économique gabonaise

Le président gabonais a érigé la maîtrise de la valeur ajoutée minière en priorité nationale. Le manganèse, minerai essentiel pour la sidérurgie mondiale et de plus en plus recherché pour les batteries lithium-ion, occupe une place centrale dans cette stratégie. Transformer localement ce minerai permettrait au Gabon de capter davantage de revenus fiscaux, de créer des emplois qualifiés et de se positionner sur des segments à forte valeur ajoutée.

Le calendrier fixé à 2031 offre à Eramet une fenêtre d’action pour échelonner ses investissements. Mais il impose aussi une échéance politique tangible : la Transition compte bien obtenir des résultats concrets avant la fin de la décennie. La prochaine étape consistera à transformer ce protocole en engagements financiers fermes, en études de faisabilité et en décisions d’investissement. À ce jour, aucun montant global n’a été dévoilé par les parties prenantes.

Cette signature s’inscrit dans un contexte diplomatique favorable entre Libreville et Paris. Reçu en France, Brice Clotaire Oligui Nguema a profité de ce déplacement pour renforcer les relations bilatérales, un an après la normalisation progressive des liens post-coup d’État. La présence du chef de l’État gabonais à la cérémonie confère à cet accord une dimension politique majeure, bien au-delà de la simple dimension industrielle.

Un modèle qui pourrait inspirer d’autres acteurs miniers au Gabon

Au-delà du cas d’Eramet, cet accord pourrait servir de référence pour d’autres négociations avec des opérateurs présents sur le sol gabonais. Les autorités locales pourraient s’en inspirer pour renégocier les termes d’exploitation d’autres ressources stratégiques, comme le fer ou les terres rares. La capacité de l’exécutif à respecter le calendrier de 2031 servira de référence pour évaluer l’efficacité de la doctrine de souveraineté minière promue depuis Libreville.

Pour Eramet, cet engagement représente une opportunité de sécuriser ses permis d’exploitation et de bénéficier d’une visibilité à long terme sur ses activités gabonaises. Le groupe, confronté à des défis sur d’autres actifs en Amérique du Sud et en Asie, a tout intérêt à stabiliser sa présence en Afrique. La transformation locale du manganèse, si elle se concrétise, pourrait aussi améliorer l’image environnementale et sociale du groupe, de plus en plus scruté par les investisseurs européens en quête de critères ESG stricts.

Reste le défi énergétique : transformer 700 000 tonnes de minerai nécessite des capacités électriques importantes, dans un pays où les infrastructures énergétiques restent limitées. La réussite de ce projet dépendra donc de la mise en place d’une stratégie énergétique cohérente, sans quoi l’échéance de 2031 pourrait rester lettre morte.