Romuald Wadagni amorce une tournée diplomatique avec le Niger et le Burkina Faso

Dès sa prise de fonction à la présidence du Bénin, Romuald Wadagni a choisi de marquer son mandat par une initiative diplomatique forte. Le 2 juin, il se rend simultanément à Niamey et à Ouagadougou, deux capitales sahéliennes avec lesquelles les relations s’étaient fortement dégradées ces derniers mois. Cette visite, première étape d’une tournée régionale, reflète une volonté de renouer le dialogue et de rétablir des équilibres essentiels pour la stabilité ouest-africaine.

Un rapprochement nécessaire malgré des tensions persistantes

Les liens entre le Bénin et ses voisins sahéliens, le Niger et le Burkina Faso, avaient atteint un point critique après les changements politiques survenus dans ces pays. Les récentes transitions militaires à Niamey et à Ouagadougou avaient accentué les divergences avec Cotonou, notamment en raison de la position du Bénin au sein de la Cédéao, perçue comme hostile par les nouvelles autorités sahéliennes. Romuald Wadagni, ancien ministre de l’Économie reconnu pour son approche pragmatique, mise sur des échanges directs pour désamorcer les tensions accumulées.

Cette double visite, organisée dès la deuxième semaine de son mandat, illustre une stratégie claire : privilégier l’action diplomatique concrète plutôt que les déclarations formelles. La réouverture des frontières et la levée des mesures restrictives figurent parmi les priorités pour relancer les échanges économiques et sécuritaires.

Le corridor de Cotonou, enjeu majeur des discussions

Le port de Cotonou joue un rôle stratégique pour l’économie béninoise, servant de porte d’entrée principale pour les marchandises destinées au Niger, un pays enclavé. Depuis la fermeture de la frontière nigéro-béninoise et les sanctions imposées par la Cédéao, le trafic portuaire a fortement diminué, au profit d’autres hubs comme Lomé ou Tema. Pour le Bénin, la restauration de la fluidité des échanges n’est pas seulement une question économique, mais aussi une nécessité pour préserver ses recettes douanières et portuaires, vitales pour les finances publiques.

Les discussions avec les autorités nigériennes et burkinabè devront aborder la réouverture des points de passage, la suppression des taxes additionnelles et la coordination pour lutter contre les menaces sécuritaires. Les groupes armés actifs dans la région, notamment près des frontières communes, représentent un défi commun qui nécessite une réponse coordonnée.

Naviguer entre l’AES et la Cédéao

Romuald Wadagni se trouve face à un défi diplomatique complexe : maintenir le Bénin dans le giron de la Cédéao tout en renouant des liens étroits avec l’Alliance des États du Sahel (AES), créée en 2023 par le Niger, le Burkina Faso et le Mali. Cette alliance marque une volonté de ces pays de s’affranchir des cadres traditionnels de coopération régionale, perçus comme trop contraignants. Le président béninois doit donc manœuvrer avec prudence pour éviter de donner l’impression de soutenir les transitions militaires ou de s’éloigner des engagements de son pays au sein de la Cédéao.

Le choix de Niamey et Ouagadougou comme premières destinations diplomatiques hors de la zone côtière envoie un message fort. Il souligne l’importance des défis sécuritaires communs, notamment les attaques jihadistes récurrentes dans le nord du Bénin, attribuées à des groupes liés à Al-Qaïda et à l’État islamique. Une coopération renforcée avec les forces sahéliennes est désormais indispensable pour sécuriser les frontières et protéger les populations.

L’accueil réservé par les autorités nigériennes et burkinabè à cette initiative déterminera en grande partie son succès. Les juntes au pouvoir à Niamey et Ouagadougou ont jusqu’ici privilégié des partenariats avec d’autres acteurs internationaux, s’éloignant des structures traditionnelles de coopération ouest-africaine. Romuald Wadagni devra prouver qu’une voie béninoise, indépendante des pressions de la Cédéao, peut apporter des solutions concrètes aux enjeux frontaliers et économiques.