Le Cameroun fait face à une crise morale sans précédent, selon les révélations de Richard Bona, bassiste et chanteur camerounais en exil. Lors d’un entretien exclusif, il a livré un diagnostic sans appel sur l’état de la jeunesse de son pays, la qualifiant de « corrompue » et estimant que cette génération, élevée dans un système pourri, n’a que peu d’espoir de redresser la situation.
Des chiffres alarmants qui confirment la tendance
Les statistiques de l’organisation Afrobaromètre, publiées en mars, révèlent une réalité accablante : 57 % des Camerounais ont déjà versé des pots-de-vin pour échapper à des ennuis avec les forces de l’ordre. Près de la moitié des citoyens reconnaissent avoir corrompu un agent public pour obtenir des papiers d’identité, et 37 % pour accéder à des soins médicaux. Ces chiffres illustrent l’ampleur d’un fléau qui s’est infiltré dans les moindres rouages de la société.
Richard Bona, interrogé sur la scène internationale, n’a pas mâché ses mots : « La jeunesse au Cameroun est une jeunesse corrompue. Ils ont été élevés de cette manière. On attend juste des miettes d’en haut. À part quelques exceptions, vraiment rares, c’est une jeunesse corrompue. Et je ne pense même pas que le Cameroun s’en sortira. » Une déclaration qui a suscité de vives réactions, notamment parmi les internautes camerounais.
Entre victimes et complices : le double visage de la jeunesse
Sur les réseaux sociaux, les débats font rage. Certains internautes dénoncent un système où les jeunes sont contraints de se plier aux règles d’un jeu truqué : « Les enfants savent que le policier est en route, pas pour leur sécurité, mais pour prendre 500 francs. » D’autres, plus nuancés, rappellent que la majorité des jeunes subissent la corruption sans forcément y participer : « Il y a des jeunes corrompus. Mais il y a aussi une majorité de jeunes qui subissent la corruption. »
Un fonctionnaire camerounais, s’exprimant sous couvert d’anonymat, va plus loin : « Beaucoup de jeunes ne savent même plus ce qui est anormal. Ils se nourrissent de la corruption. » Pourtant, tous s’accordent sur un point : condamner l’ensemble d’une génération pour les dérives de quelques-uns serait une erreur.
Une autre voix, celle de maître Akere Muna, fondateur de Transparency International Cameroun, apporte un éclairage différent. Pour lui, la jeunesse camerounaise est avant tout victime d’un système corrompu : « La corruption au Cameroun est systémique. Dire que les jeunes y sont pour quelque chose… mais ils ne gèrent rien. Ils subissent. Il faut qu’ils survivent. »
Un système qui hypothèque l’avenir
Maître Akere Muna, ancien vice-président de l’organisation internationale, dénonce une culture du favoritisme et du népotisme qui a gangrené le pays pendant des décennies : « Pendant quarante ans, on a eu cette culture où ce n’est pas la compétence qui fait avancer, ce n’est pas le travail qui fait avancer. Les jeunes, ils apprennent vite. Il faut connaître quelqu’un, il faut le népotisme, le tribalisme pour pouvoir avancer. »
Pour lui, la solution passe par une éducation qui valorise l’effort et la méritocratie : « Il faudrait qu’ils puissent dénoncer [la corruption], car leur avenir en dépend. » Il appelle à une prise de conscience collective, où chacun, du secteur public au secteur privé, doit jouer son rôle dans la lutte contre ce fléau.
La Commission nationale anti-corruption (Conac), rattachée à la présidence camerounaise, a d’ailleurs rappelé dans son rapport 2024 que « le Cameroun ploie toujours sous le poids de la corruption. Des milliards de francs CFA continuent d’être détournés des caisses de l’État par des individus. » La structure a mis en place une ligne verte (le 1517) pour signaler tout acte de corruption, une initiative saluée par les observateurs.
Une jeunesse qui résiste malgré tout
Malgré ce tableau sombre, certains Camerounais refusent de baisser les bras. « Il y a une partie de cette jeunesse qui est très battante, qui est combattive, qui essaie de faire les choses correctement, avec dignité, qui fait rêver. » Un espoir symbolisé par de jeunes entrepreneurs, artistes et militants qui œuvrent chaque jour pour un Cameroun plus juste.
Comme le souligne un internaute : « Le Cameroun bouge beaucoup grâce aux jeunes. Si tous étaient corrompus, le pays serait à l’arrêt. » Un rappel que, derrière les critiques, une génération se bat pour redonner au pays la fierté qu’il mérite.
