RDC : les wazalendo, alliés des FARDC, accusés de crimes graves contre les civils

Des civils pris en étau entre deux violences

Dans le territoire de Rutshuru, à l’est de la RDC, les populations subissent une double menace : celle du Mouvement du 23 mars (M23), soutenu par le Rwanda, et celle des Wazalendo, des milices locales intégrées aux Forces armées de la RDC (FARDC) pour combattre l’ennemi. Parmi ces groupes, le Collectif des mouvements pour le changement-Forces de défense du peuple (CMC-FDP) se distingue par sa brutalité envers les civils, selon les témoignages recueillis.

Les habitants de Bukombo et ses alentours vivent dans une terreur permanente, ballottés entre les exactions du M23 et celles du CMC-FDP. Les zones isolées, où ce dernier opère sans contrôle, deviennent des pièges mortels pour les populations.

Responsable d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Est et australe

Les combattants du CMC-FDP ciblent notamment les familles suspectées de liens avec le M23, multipliant les pillages, les enlèvements et les violences sexuelles. Ces actes, perpétrés de nuit ou dans des zones mal contrôlées par l’armée régulière, violent le droit humanitaire international et pourraient constituer des crimes de guerre.

Violences sexuelles : l’esclavage au quotidien

Les récits des victimes sont glaçants. Une jeune femme de 22 ans raconte avoir été enlevée par des miliciens après le départ de son mari vers le M23. Emprisonnée dans un camp du CMC-FDP à Bukombo, elle a été contrainte de devenir la « femme » d’un commandant sous la menace d’une arme. « Il me disait que si je refusais, il me tuerait », témoigne-t-elle. D’autres femmes subissent le même sort, réduites à l’esclavage sexuel et privées de soins médicaux.

Les infections sexuellement transmissibles contractées lors des viols aggravent leur souffrance. Beaucoup n’osent pas se faire soigner par crainte de représailles. Ces pratiques, interdites par le droit international, s’apparentent à des crimes de guerre.

Le CMC-FDP nie catégoriquement ces allégations, affirmant ne pas avoir reçu de plaintes internes concernant de tels actes.

Porte-parole du CMC-FDP

Exécutions sommaires et pillages : la vengeance comme méthode

Les miliciens ne se contentent pas de violences sexuelles. Ils exécutent ou kidnappent les proches des membres présumés du M23. Une femme de 35 ans a vu son mari abattu sous ses yeux par des combattants du CMC-FDP, qui lui ont tiré à trois reprises avant de piller sa maison. « Ils ont pris nos chèvres, nos vêtements et nos marmites », raconte-t-elle, traumatisée.

Dans d’autres cas, des villages entiers sont réduits en cendres. Une femme enceinte, forcée de se cacher dans une bananeraie lors d’affrontements, a vu ses proches massacrés à la machette par des miliciens. Elle a accouché seule, dans la forêt, après avoir échappé de justesse à la mort.

Extorsion et pressions : un système d’oppression

Avant même l’arrivée du M23, le CMC-FDP imposait aux habitants une « taxe de protection » appelée la salama. Ceux qui refusaient de payer, ou dont un proche avait rejoint le M23, étaient battus, leurs maisons brûlées. Un père de famille a dû céder 300 dollars à plusieurs reprises sous la menace, avant que ses biens ne soient réduits en cendres.

Une jeune femme, Justine, a été fouettée et menacée de mort par des miliciens cherchant son mari. « Ils m’ont dit que si je ne révélais pas où il se trouvait, ils me livreraient à un commandant ». Elle n’a dû son salut qu’à l’intervention d’un milicien compatissant.

À chaque visite des miliciens, c’était la terreur. Ils brûlaient les maisons, frappaient les habitants et exigeaient de l’argent sous peine de mort.

Victime de pressions du CMC-FDP

Soutien militaire : une alliance controversée

Depuis 2023, la RDC a officiellement intégré les Wazalendo, dont le CMC-FDP, dans sa stratégie militaire contre le M23. L’État verse chaque mois 4 millions de dollars à ces groupes, tandis que l’armée congolaise leur fournit armes et munitions. En 2023-2024, le CMC-FDP a reçu plus de 100 000 cartouches et 100 roquettes de 40 mm.

Ces livraisons coïncident avec une escalade des exactions. En juillet 2024, l’Union européenne a sanctionné le chef du CMC-FDP, Dominique Kamanzi, pour violations graves des droits humains. Il est accusé d’avoir collaboré avec les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé controversé.

Il est scandaleux que l’armée congolaise persiste à soutenir un groupe qui commet de telles atrocités contre les civils.

Expert en droits humains

Les autorités congolaises, qui condamnent publiquement le M23, ferment les yeux sur les crimes des Wazalendo. Pourtant, les preuves s’accumulent : pillages, violences sexuelles, exécutions sommaires. La communauté internationale appelle Kinshasa à rompre immédiatement ces alliances et à faire rendre des comptes aux responsables.