Une semaine après sa révocation par le président Bassirou Diomaye Faye, Ousmane Sonko, figure emblématique et ancien Premier ministre, a lancé une offensive politique majeure. Le leader du parti Pastef a vivement critiqué la présidence et le nouveau gouvernement. Tout en réaffirmant son engagement à ne pas fragiliser les institutions, il a souligné la capacité de Pastef, majoritaire à l’Assemblée nationale, à renverser l’équipe gouvernementale par une motion de censure. Pour Ousmane Sonko, la conjoncture actuelle s’apparente à une cohabitation politique, situation qu’il affirme avoir signalée au président de la République depuis plusieurs mois, sans obtenir d’écoute.
Par ailleurs, Ousmane Sonko a exprimé sans détour son désaccord avec la composition du gouvernement dirigé par le Premier ministre Al Amine Lô. Le président de Pastef estime que l’exécutif en place souffre d’un manque criant de légitimité politique. «Nous avons un gouvernement qui n’a aucune assise politique», a-t-il déclaré, réfutant l’idée d’une coalition gouvernementale solide. Il a qualifié la rhétorique d’un «gouvernement de technocrates» comme un aveu masqué d’isolement politique. En définitive, Ousmane Sonko revendique pour Pastef le monopole de la légitimité populaire au sein de la majorité, martelant que son parti demeure la première force politique du pays, issue des urnes, et que gouverner sans elle équivaut à ignorer la volonté du peuple.
Un défi politique pour le camp présidentiel
L’exécutif sénégalais se trouve ainsi dans une position délicate. L’absence de Pastef au sein du gouvernement représente un défi politique de taille pour le camp du président Diomaye Faye. En effet, le parti conserve son statut de principale force politique du pays et détient une majorité confortable au Parlement. Cette configuration inédite ouvre la voie à une forme de cohabitation au cœur même de la majorité présidentielle. Bien que Bassirou Diomaye Faye conserve les prérogatives constitutionnelles, la mise en œuvre de son programme dépendra crucialement de sa capacité à maintenir une relation de confiance avec les députés de Pastef.
Au-delà de la simple composition ministérielle, c’est désormais la question de la stabilité politique qui est posée. Des interrogations subsistent quant à la capacité du gouvernement à faire adopter ses projets de loi et à mener les réformes promises sans une implication directe du parti majoritaire dans la gestion des affaires de l’État.
En réalité, le président Bassirou Diomaye Faye semble avoir effacé le cheminement qui l’a porté au pouvoir, se coupant du récit fondateur. Il navigue aujourd’hui dans un espace politique singulier, celui d’un pouvoir formellement légitime mais orphelin de sa narration originelle. Légitime par sa conformité constitutionnelle, mais déconnecté de l’histoire qui lui conférait un sens au-delà de la simple administration étatique.
Face à lui, à l’Assemblée nationale, avec ses 130 députés, sa voix forte, sa mémoire intacte et sa légitimité populaire écrasante, Ousmane Sonko observe. Non pas comme un simple adversaire, mais comme le gardien du récit originel. Comme celui qui peut affirmer, à tout instant, «nous étions là avant, nous serons là après».
Une rupture unique au sein du même mouvement
La situation politique qui se dessine au Sénégal est sans précédent dans l’histoire du pays. Il ne s’agit pas d’une cohabitation classique – une opposition entre un président et une majorité parlementaire adverse – mais d’une dynamique plus complexe et potentiellement plus risquée : une rupture profonde au sein du même mouvement politique, entre un chef de l’État et un parti qui contrôle 130 des 165 sièges du Parlement et qui refuse officiellement de participer au gouvernement.
La question demeure : comment un gouvernement de technocrates, dépourvu de base parlementaire propre, pourra-t-il gouverner avec un Pastef qui détient la majorité absolue à l’Assemblée, dont Ousmane Sonko est le président, et qui organise en parallèle une mobilisation nationale d’un million de militants ? La réponse à cette interrogation se forgera dans les semaines et les mois à venir, tant dans les rues, les institutions que dans les coulisses du Palais présidentiel.
