Au Togo, la dégradation de la liberté d’expression ne se limite plus aux rapports d’organisations non gouvernementales ou aux communiqués officiels. Elle est désormais palpable au quotidien, dans les rues de Lomé, où la simple distribution d’un journal est devenue une activité risquée. En exerçant une pression directe sur les vendeurs à la criée, le régime de Faure Gnassingbé inaugure une phase alarmante : celle d’une entrave systématique et opérationnelle à l’information indépendante.
La chasse aux vendeurs : une nouvelle forme de répression
Par le passé, le contrôle des médias au Togo s’opérait principalement par des mécanismes institutionnels : convocations, suspensions temporaires de publications, retraits de cartes de presse ou menaces de poursuites pour diffamation. Bien que ces méthodes aient contraint de nombreuses rédactions à l’autocensure, elles n’ont pas réussi à éteindre la soif d’information d’une population de plus en plus critique face à la gouvernance.
L’arrestation récente de distributeurs et de vendeurs de journaux indépendants dans la capitale marque un virage stratégique. En ciblant le maillon le plus précaire de la chaîne d’information – des travailleurs dont la subsistance dépend de la vente au numéro –, les autorités ne cherchent plus seulement à censurer un contenu spécifique. Elles visent à rompre le lien direct entre les publications et leurs lecteurs.
Cette offensive contre la distribution s’inscrit dans une logique de répression économique et sécuritaire. L’objectif est limpide : instiller la peur chez les revendeurs afin qu’ils refusent de proposer des titres d’opposition ou d’investigation. Cela crée un blocus commercial insidieux mais dévastateur pour des entreprises de presse déjà fragiles financièrement.
La HARC : entre régulation et bras armé du pouvoir
Au cœur de ce dispositif, la Haute Autorité de Régulation de la Communication (HARC), une institution placée sous l’autorité de Faure Gnassingbé, fait face à des critiques de plus en plus vives émanant des syndicats et du Patronat de la Presse Togolaise (PPT). Officiellement chargée de garantir la liberté d’expression et l’équilibre du paysage médiatique, du papier au numérique, la HARC est perçue par une grande partie de la profession comme un outil d’alignement éditorial.
Sous des prétextes de « salubrité publique », d’« assainissement du secteur » ou de lutte contre la désinformation, les sanctions frappent de manière disproportionnée les médias qui osent questionner la gouvernance, les affaires économiques ou la gestion politique du pays. Pendant ce temps, la presse qui relaie le discours officiel bénéficie d’une clémence constante. Cette politique de deux poids, deux mesures a progressivement vidé le débat public de sa substance, transformant le paysage médiatique officiel en un reflet déformé de la réalité togolaise.
La démocratie togolaise face à la contraction
Alors que le discours officiel met en avant la modernisation des institutions et l’attractivité économique du pays, la répression désormais ouverte contre les acteurs des médias rappelle la réalité d’un espace démocratique en constante régression. La liberté de la presse n’est pas un simple privilège accordé aux journalistes, mais un droit fondamental et inaliénable pour tous les citoyens.
En étouffant les rares espaces de contradiction et en pourchassant ceux qui assurent la diffusion de l’information écrite, le pouvoir togolais opte pour une quiétude artificielle. Cependant, en asphyxiant l’information indépendante, il ne supprime pas les tensions sociales et politiques existantes ; il prive simplement la société des canaux légitimes et nécessaires à leur expression pacifique.
