Une rentrée scolaire 2026-2027 sous le signe du désenchantement
Alors que le Mali s’apprête à célébrer officiellement le début de l’Année de l’éducation et de la culture, plus de 2 400 établissements scolaires restent désespérément fermés. Un chiffre vertigineux qui prive plus de 730 000 enfants de leur droit fondamental à l’instruction. Entre promesses politiques et réalité brutale, cette rentrée s’annonce comme un symbole cruel de l’échec des autorités à protéger l’avenir de la jeunesse malienne.
Des écoles transformées en cibles stratégiques par les groupes armés
Les infrastructures éducatives maliennes sont aujourd’hui au cœur d’une guerre idéologique et méthodique. Pillages, incendies, occupations par des déplacés internes : les écoles deviennent des proies faciles pour les groupes terroristes, qui y voient un moyen de diffuser leur vision obscurantiste. Dans certaines zones, plus de 80 % des établissements sont hors service, comme à Kidal, où 84 % des écoles ne rouvriront pas. À Ménaka, sous l’emprise de l’État islamique au Grand Sahara (EIGS), les deux tiers des écoles de l’académie sont jugés « non fonctionnels ». Ces chiffres illustrent une stratégie délibérée d’asphyxie du système éducatif, où chaque classe fermée est une victoire pour l’obscurantisme.
Le Grand Nord et le Centre : des régions sous emprise terroriste
- Kidal, Ménaka, Taoudénit : dans ces zones, l’État ne contrôle plus qu’une présence symbolique, réduite aux chefs-lieux fortifiés. L’EIGS impose sa loi dans les vastes étendues désertiques de Ménaka, tandis que le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) étend son influence vers les frontières avec la Mauritanie et l’Algérie.
- Mopti, Ségou, San : le cœur de l’insurrection du GSIM bat au rythme des blocus imposés aux villes comme Niono ou Djenné. Les écoles républicaines sont systématiquement fermées, et les enseignants qui refusent de plier sous la menace paient un lourd tribut.
Le Sud et l’Ouest : l’ombre de l’insécurité gagne du terrain
Des régions autrefois épargnées, comme Koulikoro, Sikasso ou Kayes, voient désormais s’infiltrer des cellules dormantes du GSIM. Ces groupes ciblent les axes routiers majeurs et les approvisionnements en carburant, étranglant progressivement la capitale. Bamako, jadis à l’abri des violences, ressent désormais les effets de cette dégradation généralisée.
Une junte militaire en quête de légitimité, mais en perte de vitesse
Depuis les coups d’État de 2020 et 2021, la junte de Bamako a opéré un virage géopolitique radical. L’expulsion des forces françaises de Barkhane et le départ de la MINUSMA ont été présentés comme des actes de souveraineté. Pourtant, le résultat est sans appel : les promesses de sécurité se sont heurtées à une réalité implacable. Les Forces armées maliennes (FAMa), appuyées par les mercenaires russes de l’Africa Corps, ont subi des revers cuisants, comme la défaite de Tinzaouatène en 2024 face au GSIM.
Ces échecs militaires ont entraîné une intensification des représailles terroristes. En septembre 2024, des attaques spectaculaires ont visé l’école de gendarmerie de Faladié et l’aéroport militaire de Bamako, rappelant que la menace ne se limite plus aux zones reculées. La stratégie sécuritaire exclusive de la junte a non seulement échoué à contenir les groupes armés, mais a aussi fragilisé la stabilité du pays tout entier.
Un pays fracturé : qui contrôle vraiment le Mali ?
L’analyse du territoire malien révèle une souveraineté étatique morcelée, où l’autorité centrale ne s’exerce plus qu’en pointillés. Dans le Nord, l’État ne maintient qu’un contrôle symbolique, tandis que les groupes terroristes imposent leurs lois dans les déserts et les zones rurales. Au Centre, les blocus et les fermetures d’écoles se multiplient, plongeant les populations dans un isolement croissant. Même le Sud, autrefois préservé, voit son économie étouffée par les cellules dormantes du GSIM.
L’éducation sacrifiée : un désastre aux conséquences sans précédent
Alors que les discours officiels célèbrent la « refondation » du Mali, la réalité est bien plus sombre. Plus de 730 000 enfants sont privés d’école cette année, et chaque établissement fermé est une victoire pour les groupes obscurantistes. Ces derniers trouvent dans cette jeunesse désœuvrée un vivier de recrutement idéal. L’« Année de l’éducation » proclamée à Bamako risque de n’être, pour des centaines de milliers de petits Maliens, qu’une année blanche de plus, dans l’indifférence d’un pays englué dans la violence et l’obscurantisme.



