Les autorités maliennes ont inauguré une nouvelle phase dans leur lutte contre le terrorisme. Le 4 juin 2026, Bamako a officialisé, via les médias publics, l’établissement d’un système de gratification financière destiné à toute personne fournissant des informations cruciales menant à l’arrestation ou à la neutralisation des figures de proue du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim, lié à Al-Qaïda) et du Front de libération de l’Azawad (FLA). Cette initiative, rendue publique de manière sans précédent, illustre la détermination du gouvernement de transition à engager la population civile dans un conflit que l’armée malienne peine à résoudre seule.
Une prime gouvernementale pour cibler les commandants du Jnim et du FLA
Le dispositif mis en place par le gouvernement malien vise explicitement deux entités armées que Bamako identifie comme les menaces primordiales à l’intégrité nationale. Le Jnim, une coalition jihadiste dirigée par Iyad Ag Ghaly, opère activement à travers le Sahel central, multipliant les assauts contre les positions militaires et les axes logistiques depuis plusieurs années. Le FLA, héritier des mouvements indépendantistes touaregs du Nord, conteste quant à lui l’autorité de Bamako sur les régions stratégiques de Kidal, Gao et Tombouctou.
En offrant une rétribution monétaire, les autorités de transition adoptent une tactique déjà éprouvée par d’autres nations confrontées à des insurrections armées. Bien que courante dans les doctrines antiterroristes occidentales, cette approche demeure peu fréquente en Afrique de l’Ouest. Elle marque un changement de stratégie notable : Bamako reconnaît implicitement l’impératif de s’appuyer sur le renseignement humain de proximité, là où les opérations militaires conventionnelles atteignent leurs limites opérationnelles.
Une reconnaissance stratégique des défis sur le terrain
Cette annonce survient dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu au Mali. Depuis le départ de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) fin 2023 et le retrait des forces françaises, les Forces armées maliennes (Fama) bénéficient du soutien de partenaires russes, notamment les contingents de l’Africa Corps, successeurs du groupe Wagner. Malgré la reprise symbolique de Kidal en novembre 2023, les attaques jihadistes ont connu une recrudescence significative en 2024 et 2025, impactant aussi bien le centre du pays que les environs de la capitale.
La promesse de récompense témoigne d’une lucidité tactique. Démanteler les organisations armées en ciblant leurs chefs exige une cartographie précise de leurs réseaux, une connaissance que seules les communautés locales peuvent véritablement apporter. Néanmoins, cette méthode comporte des risques. Les informateurs s’exposent à des représailles, et l’absence de détails concernant les montants ou les modalités de paiement pourrait en limiter l’efficacité. Les autorités n’ont en effet pas communiqué les sommes allouées ni la procédure de versement.
Une stratégie qui s’inscrit dans la dynamique de l’Alliance des États du Sahel
L’initiative malienne s’intègre dans la dynamique de l’Alliance des États du Sahel (AES), qui unit le Mali, le Burkina Faso et le Niger depuis 2024. Les trois capitales partagent une vision commune des menaces sécuritaires et harmonisent progressivement leurs opérations militaires. Une uniformisation des dispositifs de récompense à l’échelle de la Zone AES pourrait considérablement renforcer l’efficacité du renseignement transfrontalier, d’autant que les groupes armés exploitent la porosité des frontières pour se replier et se réapprovisionner. Cette actualité de l’AES au Mali, Burkina, Niger est cruciale pour la sécurité du Sahel.
Cependant, l’annonce soulève la question du financement. Dans un cadre budgétaire contraint, marqué par la suspension de plusieurs aides extérieures et les sanctions économiques passées de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), Bamako devra mobiliser des ressources internes ou identifier des partenaires externes pour crédibiliser son engagement. La Russie, désormais le principal allié militaire du pays, pourrait être sollicitée, bien qu’aucune information officielle ne mentionne à ce jour un cofinancement.
Au-delà de l’aspect purement opérationnel, la communication gouvernementale poursuit un objectif politique. En s’adressant directement à la population via la télévision publique, le pouvoir cherche à mobiliser les citoyens dans l’effort de guerre et à consolider sa légitimité, à un moment où la transition, initiée après les coups d’État de 2020 et 2021, continue de reporter les échéances électorales. Le succès de cette mesure sera évalué dans les mois à venir par la capacité des Fama à présenter des résultats concrets contre les leaders jihadistes ou indépendantistes ciblés.
