Un débat historique qui resurgit
Le fédéralisme occupe à nouveau le cœur des discussions au Cameroun. Cette question, loin d’être nouvelle, divise depuis des décennies les Camerounais. Les tensions persistantes dans les régions anglophones, notamment dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, ont relancé le débat sur une possible réorganisation de l’État. Mais cette fois, les attentes sont plus fortes que jamais.
Les racines d’une crise multiforme
Le conflit dans les régions anglophones, qui a débuté en 2016, a mis en lumière les profondes disparités entre les deux systèmes éducatifs et administratifs. Certains y voient une preuve de l’échec du modèle unitaire appliqué depuis l’indépendance. Pour d’autres, le fédéralisme représente une solution pour restaurer un équilibre perdu.
Les revendications des séparatistes, portées par des figures comme Ahmadou Ahidjo, rappellent les promesses non tenues du passé. Pourtant, le gouvernement de Paul Biya a toujours privilégié une approche centralisée, malgré les appels à plus d’autonomie.
Le dialogue national : une avancée ou un leurre ?
En 2019, un Dialogue national a été organisé à Yaoundé sous la présidence de Joseph Dion Ngute, alors Premier ministre. L’objectif ? Trouver une issue pacifique à la crise. Mais les espoirs se sont rapidement évanouis. L’absence de certains leaders séparatistes a vidé le dialogue de sa substance, laissant les participants sans véritable levier pour une avancée concrète.
Les obstacles à un fédéralisme effectif
- La résistance du pouvoir central : Le gouvernement camerounais a longtemps craint que le fédéralisme ne fragilise l’unité nationale. Les craintes de balkanisation persistent encore aujourd’hui.
- Les divisions internes : Même parmi les partisans du fédéralisme, les opinions divergent sur son étendue et sa mise en œuvre. Certains réclament une autonomie large, d’autres une simple décentralisation.
- L’absence de consensus : Les différentes factions, qu’elles soient politiques, ethniques ou régionales, peinent à s’accorder sur un modèle commun.
Quelles solutions pour l’avenir ?
Pour sortir de l’impasse, plusieurs pistes sont envisagées. Une commission mixte, associant représentants du gouvernement et acteurs locaux, pourrait être mise en place pour élaborer une feuille de route. Par ailleurs, des garanties constitutionnelles pourraient être renforcées pour rassurer les populations des régions anglophones.
Cependant, le temps presse. Chaque jour sans solution durable approfondit les frustrations et nourrit les violences. Le Cameroun se trouve à un carrefour : soit il engage des réformes audacieuses, soit il risque de voir s’aggraver les fractures qui menacent sa cohésion.
Un modèle à réinventer ?
Le fédéralisme n’est pas une recette magique, mais il offre une perspective pour concilier unité et diversité. Le défi pour le Cameroun sera de concevoir un système qui protège les droits des minorités tout en préservant la stabilité du pays. Une tâche complexe, mais pas impossible.
