Guinée-Bissau : le retour d’Embaló peut-il tenir ses promesses face aux nouvelles règles du jeu ?

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Un exil qui se termine, une candidature qui interroge

Le 4 octobre prochain, Umaro Sissoco Embaló posera à nouveau le pied sur le sol bissau-guinéen. Dix mois après avoir été renversé par un coup d’État militaire le 26 novembre 2025, l’ancien président, exilé depuis, a confirmé son intention de briguer un nouveau mandat lors de la présidentielle du 6 décembre 2026. Une annonce qui relance l’incertitude dans un pays où l’armée garde la main sur la vie politique et où le scrutin de 2025 n’a jamais livré ses résultats.

« Je serai candidat », a-t-il lancé, selon l’AFP. Mais derrière cette déclaration, une question plus épineuse demeure : dans un paysage politique bouleversé, quelles sont les véritables chances d’Embaló de reconquérir le pouvoir ?

Le putsch de novembre 2025 : une élection avortée

Pour saisir les enjeux de ce retour, il faut se replonger dans les derniers jours de novembre 2025. Trois jours avant le coup d’État, les Bissau-Guinéens s’étaient rendus aux urnes pour une présidentielle et des législatives particulièrement disputées. Embaló, candidat à sa propre succession, et son principal rival, Fernando Dias, avaient tous deux revendiqué la victoire.

Le 26 novembre, alors que la Commission électorale devait publier les premiers résultats provisoires le lendemain, les militaires ont pris le contrôle des institutions. Embaló a été arrêté, le processus électoral suspendu. Le général Horta N’Tam, alors chef d’état-major et proche allié du président déchu, a été installé à la tête de la transition.

La junte a justifié son intervention par la nécessité de préserver la sécurité nationale et de déjouer un prétendu projet de déstabilisation impliquant des acteurs liés au trafic de drogue. Aucune preuve publique n’est venue étayer cette accusation de manière indépendante. Le coup d’État a anéanti le processus électoral : procès-verbaux, ordinateurs et serveurs contenant les données du scrutin ont été saisis ou détruits. Impossible, dès lors, de connaître officiellement le résultat de la présidentielle de novembre 2025.

Cette absence de résultats alimente les controverses. Des adversaires d’Embaló l’accusent d’avoir lui-même organisé ou facilité le putsch pour empêcher la publication de résultats qui lui auraient été défavorables. L’hypothèse a été évoquée par plusieurs observateurs, sans jamais être établie. Le lien étroit entre Embaló et le général Horta N’Tam a néanmoins nourri les soupçons.

Dix mois plus tard : un paysage politique métamorphosé

En dix mois, la Guinée-Bissau a changé de visage. Le 30 août 2026, la junte a organisé un référendum constitutionnel qui a approuvé, selon les résultats provisoires, une nouvelle Constitution renforçant considérablement les pouvoirs du président. Celui-ci pourra notamment nommer et révoquer le Premier ministre et son gouvernement, et dans certaines circonstances dissoudre le Parlement.

Cette réforme intervient quelques mois seulement avant la présidentielle. L’opposition, notamment le PAIGC, avait appelé au boycott du référendum, dénonçant un processus sous contrôle militaire. Le texte a néanmoins été déclaré approuvé avec environ 70 % des suffrages exprimés.

Autre élément potentiellement déterminant pour Embaló : la nouvelle Constitution impose aux candidats à la présidentielle d’avoir résidé de manière continue dans le pays pendant les cinq années précédant l’élection. Elle prévoit également une caution de 50 millions de francs CFA. Ces nouvelles règles pourraient devenir un obstacle majeur pour l’ancien président, exilé depuis son renversement.

Embaló peut-il réellement reconquérir le pouvoir ?

La question n’est plus tant celle de son retour que de sa capacité à le transformer en victoire électorale. Plusieurs facteurs jouent en sens contraire.

D’un côté, Embaló conserve des réseaux politiques importants. Son ancien parti, le Madem G15, reste présent dans le paysage politique, et plusieurs personnalités issues de son entourage ont continué à occuper des responsabilités durant la transition. Le pouvoir militaire lui-même est dirigé par un ancien proche, même si la junte affirme conduire une transition indépendante.

De l’autre, son image est profondément controversée. Ses adversaires lui reprochent d’avoir affaibli les institutions démocratiques durant son mandat et d’avoir gouverné dans un contexte de tensions répétées avec le Parlement et l’opposition. Avant le coup de 2025, le pays avait déjà connu plusieurs crises politico-militaires.

Surtout, il manque un indicateur essentiel : le résultat de la présidentielle de novembre 2025. Aucun résultat officiel n’ayant été publié, impossible d’affirmer qu’Embaló disposait alors d’une majorité ou, à l’inverse, qu’il était en passe de perdre. Les revendications contradictoires de victoire formulées à l’époque par Embaló et Fernando Dias ne constituent pas une mesure électorale fiable.

Un scrutin décisif pour l’avenir de la Guinée-Bissau

La seule certitude est que le retour annoncé d’Embaló ouvre une nouvelle phase d’incertitude. Sa réussite dépendra notamment de son éligibilité au regard des nouvelles règles constitutionnelles, de l’organisation effective du scrutin, de la capacité de l’opposition à se réorganiser et de l’attitude de l’armée.

Le 6 décembre pourrait ainsi devenir un moment charnière pour la Guinée-Bissau. Mais avant de savoir si Umaro Sissoco Embaló peut reconquérir la présidence, une question plus fondamentale demeure : le pays parviendra-t-il cette fois à organiser une élection dont les résultats seront effectivement publiés et reconnus par l’ensemble des acteurs politiques ?

Après plusieurs décennies de coups d’État, de crises institutionnelles et de scrutins contestés, c’est probablement là que se jouera la véritable portée du scrutin de décembre.

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