La Côte d’Ivoire face à une récolte d’anacardes décevante dans le Bounkani

La campagne de commercialisation de l’anacarde bat actuellement son plein en Côte d’Ivoire. Cependant, malgré les efforts, le Conseil Coton Anacarde anticipe une production d’environ 1,3 million de tonnes de noix cette année. Bien que ce volume reste conséquent, il représente une diminution potentielle de 200 000 tonnes par rapport à l’exercice précédent. Certaines régions du pays sont particulièrement touchées par des difficultés, notamment le Bounkani, situé dans le nord-est, où le décalage des saisons des pluies a eu un impact notable.

La mauvaise récolte d'anacardes serait liée au mauvais temps et à de mauvaises pratiques culturales.

Dans les champs de Bouna, le constat est amer. Kouamé Ouattara, un agriculteur local, gère une plantation d’anacardiers de trois hectares. Pour cette saison, il se considère en situation de chômage technique, son verger ayant à peine donné. « Il y a trois ans, je pouvais récolter jusqu’à 500 kilogrammes par hectare. Aujourd’hui, je peine à obtenir deux sacs sur l’intégralité de mes trois hectares », confie-t-il.

Selon l’agriculteur, ce déclin s’explique principalement par une perturbation significative du cycle des pluies. « Normalement, d’importantes précipitations sont attendues entre novembre et décembre, essentielles à la floraison des anacardiers. Mais cette année, la pluie s’est arrêtée dès octobre. D’octobre à février, il n’y a eu aucune précipitation. Lorsque la floraison échoue une fois, il faut attendre l’année suivante. La campagne est donc compromise », déplore-t-il, soulignant l’impact direct sur la production de noix de cajou.

Les apiculteurs, dont les ruches sont souvent installées au sein des plantations d’anacardes, subissent également les conséquences de cette mauvaise saison. Koffi Ouattara, président de l’association des apiculteurs de Koflangué, témoigne d’une production de miel quasi inexistante. « Nous n’avons pas suffisamment de miel actuellement. L’année dernière, nous avions collecté 100 litres. Cette année, à peine 30 litres. C’est une perte considérable pour nous », explique-t-il, illustrant la cascade d’effets de cette situation.

Des pratiques culturales à optimiser

Au-delà des facteurs climatiques, la situation est exacerbée par certaines pratiques culturales inadaptées, comme le souligne le Dr Sibirina Soro, enseignant-chercheur à l’université de Daloa et coordonnateur du projet national de recherche sur l’anacardier. « Cette problématique est en grande partie liée à la densité des vergers. Nombre de plantations ressemblent davantage à des forêts, la densité initiale n’ayant pas été respectée », explique-t-il. Le Dr Soro recommande vivement aux planteurs de réhabiliter leurs vergers afin d’atteindre une densité optimale, avec une moyenne préconisée de 100 pieds par hectare.

Par ailleurs, Sibirina Soro organise annuellement des sessions de formation pour aider les agriculteurs à lutter contre les insectes ravageurs. Il insiste sur la nécessité d’un meilleur accompagnement des paysans. En effet, en Côte d’Ivoire, les producteurs d’anacardes évitent l’utilisation de produits chimiques dans leurs champs, ce qui les rend d’autant plus vulnérables aux pertes en cas de mauvaise récolte et de défis environnementaux.