Goma face aux répercussions économiques de la fermeture de la frontière avec le Rwanda

Goma face aux répercussions économiques de la fermeture de la frontière avec le Rwanda

Depuis plusieurs semaines, la ville de Goma, située dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), subit de plein fouet les conséquences de la fermeture de sa frontière avec le Rwanda. Une décision prise par les autorités rwandaises pour limiter la propagation de la maladie à virus Ebola. Cette mesure, bien que sanitaire, impacte sévèrement l’activité commerciale locale, mettant en péril les moyens de subsistance de nombreux habitants.

Frontière entre Goma et Gisenyi

Les échanges commerciaux entre Goma et Gisenyi, autrefois dynamiques, représentaient un véritable moteur pour l’économie locale. Aujourd’hui, cette activité s’est considérablement réduite, plongeant les petits commerçants dans une situation financière précaire. Les contrôles sanitaires renforcés à la frontière, bien que nécessaires pour endiguer l’épidémie, ont créé une barrière infranchissable pour des milliers de personnes dépendantes de ces échanges transfrontaliers.

Les commerçants ambulants en première ligne

Jacques Safari, un vendeur ambulant d’œufs installé près de la frontière depuis des années, illustre parfaitement les difficultés rencontrées par cette catégorie professionnelle. Avant la fermeture, il écoulait quotidiennement jusqu’à cinq plaquettes d’œufs. Aujourd’hui, il peine à en vendre deux. La clientèle, autrefois composée en majorité de voyageurs et de commerçants transfrontaliers, a presque totalement disparu.

« La fermeture de la frontière a bouleversé notre vie quotidienne. La majorité de nos clients étaient des voyageurs ou des commerçants qui traversaient régulièrement la frontière. Sans eux, nos ventes ont chuté de manière dramatique. »

Les grossistes confrontés à des ruptures d’approvisionnement

Le marché de Birere, l’un des principaux pôles commerciaux de Goma, est également touché de plein fouet. Les grossistes, qui s’approvisionnaient autrefois au Rwanda pour revendre les produits sur place, font face à des ruptures de stock et à des coûts logistiques accrus. Hamuli Kasilembo, l’un d’eux, témoigne des difficultés croissantes rencontrées pour maintenir ses activités.

« Avant, nous avions un ravitaillement rapide et régulier depuis Gisenyi. Aujourd’hui, les délais d’approvisionnement se sont allongés, et les coûts de transport ont explosé. De plus, la demande a fortement diminué, ce qui rend les transactions encore plus rares. »

Les économistes alertent sur les conséquences à long terme

Les spécialistes de l’économie locale tirent la sonnette d’alarme. Alphonse Muanda, économiste basé à Goma, rappelle que les échanges quotidiens entre les deux villes constituaient un pilier essentiel de l’activité économique régionale. Les petits commerçants, en particulier, dépendaient entièrement de ces flux pour assurer leurs revenus.

« La fermeture prolongée de la frontière menace la survie de nombreux commerçants. Ces derniers dépendaient des échanges transfrontaliers pour leur approvisionnement en produits de première nécessité comme le riz, le savon ou d’autres marchandises. Sans cette activité, c’est toute une économie locale qui s’effondre. »

Alors que les autorités rwandaises maintiennent la fermeture des frontières pour des raisons sanitaires, les habitants de Goma craignent une aggravation de la précarité économique dans les semaines à venir. Sans solution rapide, les répercussions sociales pourraient devenir dramatiques pour une ville déjà fragilisée.

Les prochaines semaines seront déterminantes pour évaluer l’impact réel de cette mesure sur l’économie congolaise et rwandaise, mais une chose est sûre : les populations locales en paient déjà le prix fort.