Neuf mois après leur arrestation, six cadres du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI-RDA) ont recouvré leur liberté. La chambre antiterroriste d’Abidjan a ordonné leur libération ce lundi, une décision saluée par leur défenseur, Me Ange Rodrigue Dadjé. Parmi les libérés figurent Allo Pacôme Didier, Kouleon Manhenin, N’Cho Gnangoran, Mabo Koffi Jean-Marc, Ouattara Kinjinlman et Niangoran N’Guessan Édouard, tous arrêtés entre fin septembre et début octobre 2025.
Des arrestations en pleine campagne électorale
Ces interpellations avaient eu lieu dans un contexte électoral particulièrement tendu, marqué par une présidentielle controversée en 2025. Les six militants étaient accusés de complot contre l’État et d’intention d’insurrection, des charges que le PDCI avait immédiatement dénoncées comme étant des poursuites arbitraires. Le parti d’opposition avait dénoncé des conditions d’arrestation irrégulières, tandis que les autorités ivoiriennes affirmaient que ces procédures relevaient du droit commun et ne visaient aucun adversaire politique. Après près de dix mois d’instruction, la chambre antiterroriste a finalement statué en leur faveur.
Une série de libérations qui interrogent
Cette décision s’inscrit dans un mouvement plus large de relâchements récents d’opposants ivoiriens. D’autres figures politiques, dont Moïse Lida Kouassi et Ibrahim Zigui, ont également été libérées ces dernières semaines. Ces gestes, bien que non commentés officiellement par le gouvernement, alimentent les spéculations sur une possible détente dans le climat politique ivoirien, alors que le pays sort d’une période électorale mouvementée. Les observateurs internationaux, attentifs à l’évolution des droits politiques en Côte d’Ivoire, y voient peut-être un signe encourageant.
Un contexte politique sous haute surveillance
La Côte d’Ivoire, première puissance économique de l’UEMOA, reste sous le regard vigilant de la communauté internationale depuis la crise postélectorale de 2010-2011. Les tensions liées aux scrutins restent vives, comme en témoignent les violences meurtrières de 2020, qui avaient conduit à l’arrestation de plusieurs leaders de l’opposition. Le PDCI-RDA, héritier de Félix Houphouët-Boigny, incarne aujourd’hui l’une des principales forces d’opposition face au président Alassane Ouattara, réélu en 2020 dans un scrutin contesté. L’alternance démocratique et l’élargissement de l’espace politique restent des enjeux centraux pour le pays, à l’approche des prochaines élections locales et législatives.
Quelles suites judiciaires ?
Me Ange Rodrigue Dadjé, leur avocat, a salué cette décision sans préciser si ses clients bénéficiaient d’un non-lieu, d’un abandon des poursuites ou d’une libération provisoire en attente d’un éventuel procès. Aucune communication officielle n’a été faite par le PDCI à ce stade. Les six responsables locaux, dont certains occupaient des fonctions de coordination territoriale, devraient reprendre rapidement leurs activités militantes. Reste à savoir si cette libération annonce une série d’autres gestes d’apaisement ou si elle reste un cas isolé dans le traitement des dossiers liés à l’opposition politique.
