Gabon : succès d’une levée de 920 millions de dollars malgré un coût d’emprunt élevé

Le Gabon a réalisé une opération financière majeure en s’adressant aux marchés internationaux. Avec un emprunt obligataire de 920 millions de dollars, soit près de 524 milliards de FCFA, Libreville dépasse largement ses objectifs initiaux, marquant un tournant dans sa stratégie de financement extérieur.

Thierry Minko, ministre de l'Économie du Gabon, lors de l'annonce de l'Eurobond

Un placement surperformant malgré des conditions exigeantes

L’opération, finalisée fin juillet 2026, a été lancée à un taux d’intérêt de 9,375 %, en légère baisse par rapport aux 9,5 % appliqués lors de l’Eurobond de 2025. Pourtant, le coût réel de l’emprunt reste difficile à évaluer précisément, faute de publication du rendement effectif et du prix d’émission.

Le succès est au rendez-vous : la demande des investisseurs a dépassé le milliard de dollars, permettant à l’État gabonais de retenir un montant supérieur à son objectif initial de 750 millions de dollars. Le versement des fonds est prévu pour début août, avec une échéance en 2033 après une période de grâce de trois ans.

Progrès notables par rapport à l’année précédente

Comparé à l’émission de février 2025, cette levée de fonds représente une progression de 61,4 % en volume. La maturité s’allonge également, passant de quatre à sept ans. Cependant, ces avancées ne suffisent pas à masquer le poids d’un coupon toujours élevé, reflétant une méfiance persistante des investisseurs.

Autre différence majeure : contrairement à 2025, où une partie des fonds servait à refinancer une dette existante, cette fois-ci, les ressources devraient financer directement les besoins de l’État, après déduction des frais de placement.

Une rentabilité moins avantageuse que celle du Cameroun

Si le Cameroun a pu bénéficier d’un mécanisme de swap dollar-euro réduisant son coût effectif à 7,79 %, le Gabon n’a pas recours à ce dispositif. Le coupon gabonais de 9,375 % reste donc plus élevé, confirmant une prime de risque plus forte pour les investisseurs.

Moody’s maintient une notation à haut risque

Quelques semaines avant cette émission, l’agence de notation Moody’s a maintenu la note souveraine du Gabon à Caa2, tout en abaissant sa perspective de « stable » à « négative ». Cette décision s’explique par les besoins de financement importants du pays, son accès encore limité aux ressources financières et le risque de nouvelles restructurations de dette.

Le coupon élevé de 9,375 % illustre cette défiance persistante, malgré le succès de l’opération.

Des fonds destinés aux investissements et aux arriérés

Les fonds levés serviront principalement à financer des projets d’infrastructures publiques et à régler des engagements commerciaux extérieurs, notamment auprès d’institutions multilatérales. Aucun détail n’a été communiqué concernant d’éventuels remboursements de créances locales.

Cette levée reste en deçà du plafond autorisé par la loi de finances rectificative de juillet 2026, qui fixe un plafond d’emprunt international à 1,5 milliard de dollars. Libreville conserve ainsi une marge de manœuvre de près de 580 millions de dollars, sans annonce immédiate d’une nouvelle émission.

Un signal pour le FMI et les réformes économiques

Préparée par le ministre des Finances Thierry Minko, cette opération est perçue comme un gage de confiance dans les réformes engagées par le gouvernement. Elle pourrait faciliter l’obtention d’un nouvel accord avec le Fonds monétaire international, dont une mission est attendue à Libreville en septembre 2026 pour finaliser un programme économique avant la fin de l’année.

Pourtant, malgré ce succès commercial, le Gabon doit faire face à une réalité incontournable : l’accès aux marchés internationaux se paie au prix fort, avec une prime de risque toujours élevée.