La Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG), opérateur historique, disparaît au profit de deux nouvelles structures spécialisées. Lors d’un Conseil des ministres tenu en juin 2026, le gouvernement gabonais a adopté deux projets de loi actant cette division, scellant ainsi la fin d’un modèle intégré vieux de près de trente ans. Désormais, La Gabonaise des Eaux se chargera exclusivement de l’approvisionnement en eau potable, tandis qu’Électricité du Gabon prendra en main la production et la distribution d’énergie. Ces deux entités opéreront en tant que sociétés d’économie mixte, associant capitaux publics et privés.
Une réforme pour briser les limites d’un système dépassé
Créée en 1997 sous forme de concession accordée au groupe Veolia, la SEEG a longtemps symbolisé l’opérateur unique en Afrique francophone, gérant à la fois l’eau et l’électricité. Pourtant, ce modèle a montré ses faiblesses : coupures fréquentes, infrastructures vétustes et gestion financière délicate ont marqué des décennies de service. Malgré le rachat public en 2018, la qualité des services n’a cessé de se dégrader, tant pour les ménages que pour les entreprises, poussant les autorités à repenser en profondeur l’organisation du secteur.
La séparation des activités répond à une logique claire : l’électricité nécessite des investissements massifs dans les centrales thermiques et hydroélectriques, une gestion complexe des réseaux haute tension et une stratégie énergétique ambitieuse. À l’inverse, l’eau potable dépend de l’accès aux ressources, du traitement des eaux et de l’extension des réseaux urbains. La fusion de ces deux métiers au sein d’une seule entité diluait souvent les priorités, retardant les améliorations nécessaires.
Un statut hybride pour concilier efficacité et contrôle public
Le choix des sociétés d’économie mixte reflète une volonté politique forte : conserver un pilotage étatique sur des services stratégiques tout en intégrant des partenaires privés capables d’apporter des capitaux et une expertise technique. Ce modèle, déjà testé ailleurs en Afrique, offre des résultats variables. Au Sénégal, la collaboration entre l’État et Suez via Sen’Eau a permis de moderniser l’approvisionnement en eau depuis 2020. En Côte d’Ivoire, le système d’affermage avec la CIE et la SODECI reste une référence en matière de performance régionale.
Les détails sur la répartition des capitaux entre l’État et les investisseurs privés ainsi que l’identité des futurs partenaires stratégiques restent encore inconnus. Aucune date précise n’a été communiquée pour le lancement opérationnel des deux entités, pas plus que pour le devenir des actifs et du personnel de l’ancienne SEEG. La gestion des contrats en cours, des dettes accumulées et des engagements envers les institutions financières internationales constituera un défi majeur pour cette transition.
Un enjeu politique et social pour les autorités gabonaises
Cette réforme dépasse le cadre technique : elle s’inscrit dans une démarche politique ambitieuse portée par le Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI). L’amélioration des services publics, et notamment l’accès à l’eau et à l’électricité, figure parmi les attentes prioritaires des Gabonais, particulièrement dans les zones périurbaines de Libreville et Port-Gentil. Une simple réorganisation institutionnelle ne suffira cependant pas à combler des années de sous-investissement dans les infrastructures.
Les partenaires financiers traditionnels, comme la Banque africaine de développement et l’Agence française de développement, suivront de près la concrétisation de cette nouvelle architecture. Leur confiance dépendra de la solidité de la gouvernance au sein des deux sociétés, de l’équilibre du cadre tarifaire et de l’efficacité du régulateur à concilier rentabilité et accessibilité des services. Pour les industriels gabonais, notamment ceux des secteurs minier et forestier, très gourmands en énergie, la stabilité du nouveau système sera un critère essentiel. Les deux projets de loi devront encore être soumis à l’examen du Parlement de la Transition avant leur application définitive.
