Fonds politiques au Sénégal : Sonko n’est pas un cas isolé à la primature

Fonds politiques au Sénégal : une pratique bien plus ancienne qu’Ousmane Sonko

Fonds politiques : Ousmane Sonko n’est pas le premier chef du gouvernement à en bénéficier

Le Premier ministre sénégalais a révélé devant l’Assemblée nationale détenir un fonds politique de 1,77 milliard de francs CFA, un dispositif aux contours longtemps flous qui s’inscrit dans une tradition bien établie au sommet de l’État.

La polémique autour des « fonds politiques » a pris une ampleur inédite ces dernières semaines au Sénégal. Ousmane Sonko, en révélant publiquement l’existence de cette enveloppe discrétionnaire de 1,77 milliard de francs CFA à la Primature, a mis en lumière un mécanisme aussi discret que controversé. Pourtant, cette pratique n’a rien d’une innovation : elle remonte à bien avant son arrivée à la tête du gouvernement.

Les fonds politiques, gérés avec une grande liberté par l’exécutif sénégalais, constituent depuis des décennies une ressource financière attribuée au Premier ministre. Son montant, estimé à environ 1,7 milliard de francs CFA par an, reste bien inférieur à celui alloué au président de la République (près de 11 milliards). Ce système, resté dans l’ombre jusqu’à présent, a toujours fonctionné sans véritable contrôle public, jusqu’à ce que Sonko choisisse de le rendre public.

Un aveu qui change la donne

Lors d’une séance de questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko a surpris en confirmant détenir un fonds politique de 1,77 milliard de francs CFA. Une révélation qui contredit ses déclarations antérieures, où il avait nié bénéficier d’une telle enveloppe. Plutôt que de proposer sa suppression, il en a défendu l’utilité pour les missions sensibles de l’État, tout en plaidant pour un encadrement strict. Il s’est même inspiré de certains modèles occidentaux, où le chef du gouvernement gère ces fonds sous supervision d’une commission indépendante.

Cette prise de position n’est pas anodine : le PASTEF dénonçait déjà l’opacité de ces fonds depuis 2014, et leur réforme figurait dans son programme dès 2019. Une position qui a finalement conduit à un bras de fer avec le président Bassirou Diomaye Faye, révélant les tensions au sein de l’alliance issue de l’alternance de 2024.

Tensions politiques et révélations explosives

L’affrontement public entre Sonko et le président Faye sur la gestion de ces fonds a eu des répercussions immédiates. En exposant publiquement ce désaccord, le Premier ministre a forcé son supérieur hiérarchique à trancher : soit accepter une autonomie relative de la Primature, soit réaffirmer l’autorité présidentielle. Le président a finalement opté pour la seconde solution en destituant Sonko, un choix qui a ébranlé l’équilibre politique issu des dernières élections.

Les révélations ne se sont pas arrêtées là. Fin juillet 2026, le ministre du Pétrole et de l’Énergie, Abdourahmane Diouf, a évoqué une possible demande de rallonge budgétaire de la part de Sonko après épuisement de son enveloppe annuelle. Une information qui a relancé les débats, sans que l’on sache si cette requête a été acceptée. Des organisations de la société civile, comme l’ONG 3D dirigée par Moundiaye Cissé, exigent désormais la transparence totale sur l’utilisation de ces fonds par la Primature et l’Assemblée nationale pour les deux dernières années.