La hiérarchie catholique de la République démocratique du Congo a exprimé un refus catégorique face à la volonté du président Félix Tshisekedi de modifier la Loi fondamentale. Pour la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), une telle initiative risque de plonger le pays dans une instabilité politique majeure et de compromettre les fondements de la démocratie congolaise. Cette prise de position ferme intervient alors que le débat sur l’avenir des institutions s’intensifie dans la capitale.
Un plaidoyer pour la stabilité démocratique
Les prélats considèrent que la Constitution actuelle, adoptée en 2006, constitue le socle de la paix civile en RDC. Fruit d’un consensus national obtenu après des années de conflits, ce texte ne devrait pas, selon eux, être modifié dans le climat politique actuel. L’épiscopat craint que cette réforme ne soit qu’une manœuvre destinée à modifier les règles électorales pour favoriser le maintien au pouvoir de la majorité actuelle.
De son côté, Félix Tshisekedi défend la nécessité d’un nouveau texte qui refléterait mieux les réalités locales, affirmant que l’actuelle Constitution a été dictée par des influences extérieures. Le chef de l’État prévoit la création d’une commission spéciale en 2025 pour piloter ce chantier. Cependant, cette perspective suscite une levée de boucliers non seulement au sein de l’Église, mais aussi dans les rangs de l’opposition et de la société civile.
L’Église, un acteur politique incontournable
Ce n’est pas la première fois que les évêques montent au créneau pour défendre l’ordre constitutionnel. Par le passé, notamment sous la présidence de Joseph Kabila, la CENCO avait déjà fait barrage à toute velléité de prolongation de mandat. Son rôle de médiateur lors de l’accord de la Saint-Sylvestre en 2016 reste gravé dans les mémoires, renforçant aujourd’hui le poids de ses avertissements.
Les évêques insistent particulièrement sur les articles dits « intangibles », qui verrouillent le nombre et la durée des mandats présidentiels. Pour la hiérarchie catholique, toucher à ces dispositions reviendrait à ouvrir une période d’incertitude dangereuse. Malgré les assurances du camp présidentiel affirmant qu’il ne s’agit pas de prolonger le mandat actuel mais de moderniser l’architecture de l’État, la méfiance reste de mise au sein des paroisses.
Un défi majeur pour le pouvoir en place
Bien que Félix Tshisekedi dispose d’une large majorité parlementaire pour engager des réformes, l’opposition de la CENCO représente un obstacle moral de taille. Dans un pays où près de la moitié de la population se revendique du catholicisme, la voix des évêques résonne bien au-delà des cercles politiques traditionnels. Le message est d’ailleurs déjà relayé lors des offices religieux, mobilisant la base populaire.
Cette tension politique survient dans un contexte sécuritaire extrêmement fragile, particulièrement dans l’est de la RDC où les forces armées font face à la rébellion du M23. L’ouverture de ce front constitutionnel pourrait, selon certains observateurs, détourner les ressources et l’attention des priorités militaires et humanitaires urgentes. Le bras de fer engagé entre Kinshasa et l’épiscopat s’annonce comme un tournant décisif pour l’avenir politique du pays.
