Dette publique du Cameroun : jusqu’où le pays peut-il encore emprunter sans menacer sa stabilité économique ?

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Un seuil historique qui interroge l’avenir financier du Cameroun

Alors que le Cameroun franchit un cap symbolique avec une dette publique dépassant les 15 607 milliards de francs CFA, la question n’est plus de savoir si le pays peut emprunter davantage, mais à quel prix pour son équilibre économique futur. Avec un encours représentant désormais 44,2 % du PIB – contre 41 % un an plus tôt –, les autorités camerounaises se trouvent face à un double défi : financer des infrastructures stratégiques tout en évitant le piège d’un endettement insoutenable. Que révèlent ces chiffres sur la santé réelle de l’économie nationale ?

Une accumulation de dettes aux origines multiples

La progression de la dette camerounaise s’explique par une stratégie de financement ambitieuse, mêlant emprunts intérieurs et extérieurs, accords commerciaux et mobilisation de fonds internationaux. Au premier semestre 2026, le gouvernement a ainsi levé 800,7 milliards de FCFA sur le marché financier local, tandis que 514 milliards supplémentaires ont été contractés sous forme de nouveaux engagements. Ces montants s’ajoutent aux autorisations initiales, comme celle de janvier 2026 autorisant le ministère des Finances à emprunter jusqu’à 1 650 milliards de FCFA.

Des projets phares financés à crédit

Parmi les opérations les plus marquantes, la construction de la route Ebolowa-Akom II-Kribi a bénéficié d’un prêt de 130,4 milliards de FCFA, garanti par UK Export Finance et complété par un prêt commercial de 7,8 milliards. D’autres accords majeurs ont été signés pour des infrastructures routières stratégiques :

  • Un prêt de 347,5 millions d’euros (228 milliards de FCFA) de la Banque mondiale pour le corridor économique Douala-Bangui,
  • Une enveloppe de 212,35 millions d’euros (139 milliards de FCFA) dédiée à la réhabilitation de la route Douala-Bafoussam.

Ces financements illustrent une logique de développement par l’endettement, mais soulèvent des interrogations sur la soutenabilité à long terme.

Un budget 2026 sous perfusion financière

Le budget national pour 2026 reflète cette dépendance croissante aux emprunts : sur un total de 8 816 milliards de FCFA, pas moins de 3 104 milliards sont alloués au remboursement de la dette et au financement du déficit budgétaire. Un effort colossal qui pèse sur les finances publiques, d’autant que le service de la dette a déjà absorbé 1 059 milliards de FCFA au premier semestre 2026.

Le FMI sonne l’alerte : un risque de surendettement bien réel

Après une mission d’évaluation en septembre 2026, le Fonds monétaire international a tiré la sonnette d’alarme. Dans son rapport du 1er octobre, l’institution juge la dette camerounaise « viable à moyen terme », mais alerte sur un risque élevé de surendettement à plus long terme. Les experts du FMI pointent trois faiblesses structurelles :

  • Une liquidité tendue, exacerbée par des remboursements massifs et une dépendance accrue aux emprunts commerciaux coûteux,
  • Un marché régional saturé, limitant les opportunités de financement local,
  • Une pression budgétaire croissante due à l’accumulation des engagements passés.

Le FMI recommande une politique d’austérité budgétaire, une mobilisation renforcée des recettes internes et un recours accru aux financements concessionnels (prêts à taux zéro ou subventionnés). Autant de leviers pour éviter l’emballement de la dette, alors que le Cameroun se prépare à honorer des échéances de plus en plus lourdes.

Entre développement et précarité financière : le dilemme camerounais

Le Cameroun se trouve aujourd’hui à un carrefour décisif. D’un côté, les infrastructures financées par l’endettement – routes, corridors économiques, projets énergétiques – constituent un levier de croissance pour le pays. De l’autre, chaque nouvel emprunt creuse un peu plus le fossé entre les ambitions de développement et la capacité réelle de remboursement. La question n’est plus tant combien le gouvernement peut emprunter, mais comment il compte le faire sans hypothéquer l’avenir des générations futures.

Avec une dette publique déjà supérieure à 15 600 milliards de FCFA et un coût du service de la dette qui grignote une part croissante du budget national, le Cameroun doit désormais arbitrer entre l’urgence de ses besoins en investissements et la nécessité de préserver sa stabilité macroéconomique. Une équation complexe, où chaque décision de financement engage le pays pour des décennies.

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A propos Harouna Traoré

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