Le Port de Cotonou face à l’épreuve des mutations commerciales ouest-africaines
Alors que les tensions commerciales et diplomatiques s’intensifient en Afrique de l’Ouest, le Port autonome de Cotonou (PAC) affiche une santé économique insolente. Malgré la fermeture de la frontière avec le Niger, les chiffres de 2025 et du premier semestre 2026 révèlent une plateforme portuaire en pleine métamorphose. Avec un trafic global en hausse de 52 % et un transbordement explosant de 312,6 %, le PAC ne se contente plus d’être un simple point d’entrée pour les échanges béninois. Il ambitionne désormais de redéfinir sa place au cœur des flux logistiques de la sous-région, transformant les défis régionaux en opportunités stratégiques.
Une diversification des flux qui bouleverse les habitudes
Le Port de Cotonou ne mise plus sur un corridor unique. Autrefois dépendant des échanges avec son hinterland direct, il élargit désormais ses horizons. Le transbordement, activité autrefois marginale, représente aujourd’hui près de 516 558 tonnes au premier semestre 2026, soit une progression de 152,1 % par rapport à la même période en 2025. Cette évolution marque un tournant : le PAC ne se contente plus de recevoir des marchandises destinées au Bénin ou aux pays voisins. Il devient une plateforme de redistribution, capable d’acheminer des flux vers des destinations plus lointaines, comme le Nigeria ou d’autres marchés de la sous-région.
Résistance aux chocs et modernisation accélérée
Les perturbations régionales n’ont pas entravé la croissance du Port de Cotonou. Malgré les tensions avec le Niger, le trafic global a continué de progresser, affichant une résilience remarquable. Cette performance s’explique en partie par un ambitieux programme de modernisation. Le Terminal 5, l’agrandissement du bassin portuaire et la digitalisation des processus logistiques ont permis d’augmenter significativement la capacité de traitement. À cela s’ajoute un financement de 60 milliards de FCFA de la Banque africaine de développement, destiné à fluidifier les mouvements et renforcer la compétitivité du port.
Le PAC, un acteur clé pour la compétitivité du Bénin
L’impact du Port de Cotonou dépasse largement ses quais. Chaque tonne manutentionnée génère des retombées économiques majeures : transport routier, manutention, transit, assurance, banques, douanes, et bien plus encore. Avec plus de 450 millions d’euros d’investissements engagés à moyen terme, le PAC s’impose comme un moteur de transformation pour l’économie béninoise. Une infrastructure plus performante permet de réduire les délais, d’améliorer la prévisibilité des opérations et de faciliter l’accès des entreprises béninoises aux marchés internationaux.
Les exportations, nouveau pouls de la croissance
Autre signe de cette métamorphose : la progression des exportations. Au premier semestre 2026, le PAC a traité environ 2,87 millions de tonnes de marchandises exportées, soit une hausse de 33,3 % par rapport à l’année précédente. Cette dynamique est en partie portée par l’augmentation de la production industrielle béninoise et l’exportation de pétrole brut nigérien. Ces résultats illustrent la volonté du Bénin de passer d’une économie de réexportation à une économie de production et d’exportation de biens transformés, avec la Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ) comme fer de lance.
Vers une reconquête des marchés régionaux ?
La stratégie du Port de Cotonou repose désormais sur trois piliers : diversifier les débouchés, sécuriser les chaînes d’approvisionnement et attirer de nouveaux flux logistiques. Les premiers indicateurs sont prometteurs. Le Container Port Performance Index de la Banque mondiale et de S&P Global Market Intelligence a classé le PAC à la 303e place mondiale en 2024, contre la 402e place en 2023, soit une progression spectaculaire. Pourtant, des défis persistent : fluidité des corridors, réduction des coûts logistiques, renforcement de la sécurité et poursuite de la digitalisation.
Un modèle à suivre pour les ports ouest-africains ?
Le Port de Cotonou incarne aujourd’hui une nouvelle génération d’infrastructures portuaires en Afrique. Son succès ne se mesure pas seulement au volume de marchandises traitées, mais à sa capacité à innover, à s’adapter et à transformer les obstacles régionaux en leviers de croissance. En redessinant sa carte des débouchés, le PAC pourrait bien devenir un exemple pour les autres ports de la sous-région, prouvant qu’une plateforme logistique peut être à la fois résiliente, diversifiée et compétitive.
Le Bénin à l’heure des choix stratégiques
L’avenir économique du Bénin dépend en grande partie de la performance de son port. En consolidant sa position de hub logistique régional, le PAC peut devenir un catalyseur pour l’industrie nationale, attirer davantage de commerce sous-régional et renforcer la connectivité du pays avec les grands circuits commerciaux ouest-africains. Pour y parvenir, la modernisation doit s’accompagner d’une politique proactive de reconquête des marchés de l’hinterland et d’une stratégie claire pour attirer les opérateurs économiques. Le Port de Cotonou n’est plus seulement un point de passage : il pourrait bien être l’un des piliers sur lesquels reposera la prospérité future du Bénin.