Niger : la Nigérienne des Eaux face à une crise majeure de l’eau potable

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Un rapport accablant de la Cour des comptes du Niger met en évidence une situation alarmante à la Nigérienne des Eaux (NDE). Entre contaminations bactériennes préoccupantes, ruptures de stocks répétées et soupçons de gestion opaque, l’avenir de l’approvisionnement en eau potable pour des millions de Nigériens est menacé. Comment la NDE peut-elle rétablir la confiance et éviter une catastrophe sanitaire et financière ?

Qualité de l’eau : des analyses bactériologiques révélatrices

Les contrôles sanitaires menés dans plusieurs centres régionaux du Niger par la Cour des comptes affichent des résultats très inquiétants. Selon les normes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), une eau potable ne doit contenir aucune bactérie pathogène pour 100 ml. Or, les prélèvements montrent des taux extrêmement élevés :

  • Doutchi : 50 100 UFC / 100 ml
  • Maradi : 30 200 UFC / 100 ml
  • Filingué : 17 120 UFC / 100 ml

Ces chiffres s’expliquent notamment par le vieillissement du réseau de distribution, long de 6 957 kilomètres, qui subit entre 20 000 et 40 000 fuites par an. Ces fuites favorisent les infiltrations d’eaux usées et une pression hydraulique instable, propice à la prolifération de germes. À cela s’ajoute une gestion chaotique du chlore, indispensable à la désinfection, avec des sous-dosages à Tillabéri et Dosso, et des surdosages à Niamey. Les stocks de produits de traitement, comme l’hypochlorite de calcium, sont souvent épuisés, et certains réactifs périmés dans les laboratoires empêchent même de certifier la potabilité de l’eau.

Pertes financières : des milliards de francs CFA gaspillés

La crise ne se limite pas à la qualité de l’eau ; elle a aussi un coût exorbitant pour l’État nigérien. Chaque année, 17,9 millions de mètres cubes d’eau sont perdus à cause des fuites, entraînant un manque à gagner de 5,3 milliards de francs CFA. Ces pertes structurelles, combinées à des erreurs de gestion, aggravent la situation financière de l’entreprise.

Parmi les dysfonctionnements les plus criants :

  • Le marché du matériel de réseau (DAO n° 001/2025) : attribué à la société Nascom pour 950 millions de francs CFA, ce contrat a subi d’importants retards. Une avance de 250 millions de francs CFA a été versée, mais les équipements sont restés bloqués en Tunisie, paralysant temporairement les raccordements de nouveaux usagers.
  • L’approvisionnement en hypochlorite de calcium (DAO n° 009/2026) : un appel d’offres a été lancé en urgence pour pallier les ruptures de stock, illustrant l’aggravation de la situation.

Réformes urgentes pour une gouvernance défaillante

Au-delà des problèmes techniques et financiers, le rapport pointe des dysfonctionnements graves dans la gouvernance interne de la NDE. Les pratiques managériales suscitent des interrogations : promotions accélérées sans respect des procédures, dépenses unilatérales, absence de formations certifiantes pour les techniciens. Ces manquements sapent la crédibilité de l’entreprise et compromettent la chaîne d’expertise nécessaire à la gestion d’un service public vital.

Face à cette situation critique, la Cour des comptes a lancé une phase contradictoire pour recueillir les réponses de la NDE. Mais le temps presse : des millions de Nigériens dépendent chaque jour de la qualité de l’eau distribuée. Une réforme structurelle profonde s’impose comme une nécessité absolue pour éviter une crise sanitaire aux conséquences dramatiques.

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