La coopération énergétique entre le Sénégal et l’Algérie prend une nouvelle dimension. Des représentants gouvernementaux des deux nations, réunis à Alger, ont officialisé leur engagement à mutualiser leurs compétences dans le secteur crucial des hydrocarbures. Cette rencontre, qui a vu la participation du ministre sénégalais de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères aux côtés de ses homologues algériens de l’énergie et de la diplomatie, témoigne d’une volonté partagée de construire un partenariat industriel solide. Dakar et Alger sont désormais des acteurs reconnus sur la scène des producteurs africains d’hydrocarbures.
Ce rapprochement intervient à un moment clé pour l’économie sénégalaise. Depuis 2024, le Sénégal a débuté l’exploitation du champ pétrolier de Sangomar, géré par la société australienne Woodside, et a également démarré sa production gazière avec le projet Grand Tortue Ahmeyim, situé à la frontière avec la Mauritanie. Le Sénégal, en pleine structuration de son cadre institutionnel pour ce secteur, cherche à s’appuyer sur des partenaires possédant une longue histoire et une chaîne de valeur intégrée. L’Algérie, membre fondateur de l’OPEP et deuxième fournisseur de gaz de l’Europe, répond parfaitement à ces critères.
Un partenariat énergétique Sud-Sud prometteur
Les discussions menées à Alger ont permis de définir plusieurs axes concrets de collaboration entre les deux pays. Elles ont notamment porté sur la formation des experts sénégalais du secteur pétrolier et gazier, sur l’assistance technique que la Sonatrach pourrait apporter à ses homologues sénégalais, ainsi que sur l’échange d’expériences en matière de fiscalité, de contenu local et de régulation. Ces sujets sont particulièrement sensibles pour le Sénégal, qui doit équilibrer la répartition des bénéfices entre les entités publiques, les grandes compagnies internationales et les opérateurs locaux.
Pour l’Algérie, cette initiative s’inscrit dans une stratégie africaine plus dynamique. Le gouvernement algérien a multiplié les démarches diplomatiques en direction de l’Afrique de l’Ouest au cours des deux dernières années, notamment via la route transsaharienne, le projet de gazoduc Nigeria-Algérie et une présence accrue dans les instances multilatérales continentales. La conclusion d’accords sectoriels avec Dakar prolonge cette orientation et permet à la Sonatrach de déployer son expertise au-delà du Maghreb et du Sahel.
Dakar renforce son expertise pétrolière
Du côté sénégalais, les enjeux sont doubles. Il s’agit d’abord d’accélérer le développement des compétences de Petrosen, la compagnie nationale, dont le rôle a été redéfini par la nouvelle administration arrivée au pouvoir en 2024. Les autorités sénégalaises ont fait de la renégociation des contrats pétroliers et gaziers un élément central de leur politique, promettant une répartition plus équitable des revenus issus des ressources naturelles. Dans cette optique, le soutien technique d’une compagnie publique étrangère expérimentée représente un atout majeur.
Ensuite, il est question d’ancrer la stratégie énergétique sénégalaise dans une logique de diversification des partenaires. Jusqu’à présent, Dakar collaborait principalement avec des majors occidentales – telles que Woodside, BP et Kosmos Energy – et bénéficiait de l’expertise norvégienne à travers le programme Oil for Development. L’ouverture vers Alger élargit le champ des possibles et intègre un partenaire africain dans un domaine traditionnellement dominé par les acteurs du Nord.
Une portée politique au-delà du secteur énergétique
Cette séquence dépasse le cadre strict des hydrocarbures. Elle marque également un alignement diplomatique sur plusieurs dossiers continentaux, à l’heure où le Sahel occidental connaît une période de transformation. Les deux capitales entendent coordonner leurs positions au sein de l’Union africaine, notamment sur les questions de sécurité énergétique et d’intégration économique. La présence à Alger du chef de la diplomatie sénégalaise, et non pas seulement du ministre de l’Énergie, souligne l’importance politique de cet accord.
Il reste désormais à concrétiser ces convergences par des projets opérationnels. Des accords énergétiques précédents signés par Alger avec d’autres nations africaines ont parfois eu du mal à se concrétiser. Pour Dakar, le défi sera d’inscrire cette coopération dans un calendrier précis, avec des réalisations tangibles : programmes de formation, missions techniques de la Sonatrach, et d’éventuelles prises de participation croisées. Les mois à venir confirmeront si l’axe énergétique Dakar-Alger s’établit durablement dans le paysage africain des hydrocarbures.
