Le capitaine Ibrahim Traoré exclut la démocratie au Burkina Faso : « il faut l’oublier »

Lors d’une interview télévisée diffusée jeudi soir sur la chaîne nationale, le capitaine Ibrahim Traoré a balayé d’un revers de main l’idée d’un retour à la démocratie au Burkina Faso. « Les Burkinabè doivent oublier la démocratie. Ce système n’est pas fait pour nous », a-t-il asséné devant des millions de téléspectateurs.
Le chef de l’État, au pouvoir depuis trois ans après un coup d’État, a justifié sa position en déclarant que « la démocratie tue » et que la majorité des Africains ne la souhaitaient pas. Sans préciser les contours de son « approche alternative », il a insisté sur le fait que le Burkina Faso suivrait désormais sa propre voie, indépendante des modèles occidentaux.
Un revirement sur la transition démocratique
En 2023, Ibrahim Traoré s’était engagé à restaurer l’ordre constitutionnel d’ici juillet 2024. Pourtant, deux mois avant cette échéance, la junte a annoncé une prolongation de cinq ans de son mandat, officialisant ainsi un report de la transition. En janvier 2026, les autorités ont également dissous tous les partis politiques, les accusant de diviser la nation et de nuire au projet révolutionnaire en cours.
Le modèle libyen comme référence
Dans son discours, Traoré a cité la Libye comme exemple à ne pas suivre : « Regardez ce qui se passe chez nos voisins. Kadhafi a offert des logements, une éducation et des soins gratuits, mais son régime s’est effondré dans le sang après une intervention occidentale. Aujourd’hui, la Libye est un État fracturé, sans élections, sous le joug de factions rivales. »
Le Burkina Faso, dirigé depuis 2022 par ce jeune officier de 38 ans, mise désormais sur un système fondé sur la souveraineté nationale, le patriotisme et la mobilisation citoyenne. Traoré a évoqué la création d’une nouvelle structure où les chefs traditionnels et les organisations locales occuperaient une place centrale.
Critiques acerbes contre les partis politiques et l’Occident
Le capitaine Traoré n’a pas épargné les formations politiques, les qualifiant de « vecteurs de division » et de « nids à vices ». « Un vrai politique au Burkina Faso, c’est un menteur, un flatteur, un opportuniste », a-t-il lancé. Il a ajouté : « Nous ne voulons pas copier qui que ce soit. Notre approche sera radicalement différente. »
Il a également dénoncé l’ingérence occidentale, affirmant que « chaque fois que les puissances étrangères imposent la démocratie par la force, le résultat est un bain de sang ». Une rhétorique qui séduit une partie de l’opinion panafricaine, mais qui s’accompagne d’une répression accrue des opposants, des médias et de la société civile.
Violences et soutien international
Depuis son arrivée au pouvoir, Traoré a intensifié la lutte contre les groupes jihadistes, héritage d’une insurrection débutée il y a plus d’une décennie. Pourtant, malgré un changement d’alliance stratégique – le Burkina Faso, comme le Mali et le Niger, s’est tourné vers la Russie pour son soutien militaire au détriment des partenariats traditionnels avec la France –, les violences persistent sans relâche.
Un rapport récent de Human Rights Watch révèle qu’au moins 1 800 civils ont été tués depuis 2023, dont deux tiers attribués aux forces régulières et à leurs milices alliées. Le reste des victimes est imputé aux groupes armés islamistes. Ces chiffres illustrent l’escalade de la crise sécuritaire et humanitaire dans le pays.
Malgré ce bilan sombre, Ibrahim Traoré bénéficie d’un soutien croissant en Afrique, porté par son discours anti-impérialiste et son rejet des modèles démocratiques traditionnels. Son projet, qui mise sur l’autonomie économique, militaire et un rythme de travail intensif, reste cependant flou dans ses modalités concrètes.
Une chose est sûre : au Burkina Faso, la démocratie n’est plus à l’ordre du jour. Le capitaine Traoré a choisi une autre voie, entre révolution et autoritarisme, dont les conséquences façonneront l’avenir du pays.
