Cameroun : quand la quête de changement se heurte aux intérêts personnels, l’analyse d’Armand Noutack II

Cameroun : quand la quête de changement se heurte aux intérêts personnels, l’analyse d’Armand Noutack II

Armand Noutack II, enseignant et observateur avisé de la scène politique, affirme que le véritable défi du Cameroun ne réside pas uniquement dans ses dirigeants, mais aussi dans les attitudes des citoyens. Il déplore un manque de progressisme, une préférence pour le statu quo et une adhésion aux « réseaux », transformant ce qui serait un scandale ailleurs en une norme locale.

Les Camerounais face à la corruption : une remise en question profonde

Dans une tribune percutante, Armand Noutack II exprime son indignation face à une réalité camerounaise où le désir de changement semble conditionné par la préservation d’intérêts personnels, souvent frauduleux. Il dénonce ces individus qui, bien que se présentant comme de farouches opposants en public, n’hésitent pas à négocier des marchés publics douteux avec les ministres en secret, en tirant de gros bénéfices d’exécutions médiocres.

L’initiative du ministre Motaze visant à contrôler le fichier solde de l’État a révélé, selon Noutack II, l’ampleur du problème. Le Cameroun, semble-t-il, n’aspire au changement que si ses propres magouilles restent intactes. Une question fondamentale se pose alors : ce système de corruption au Cameroun, est-il une création du Président Biya ou simplement une réalité avec laquelle il a dû composer pour se maintenir au pouvoir ?

Les Camerounais, loin d’être progressistes, semblent s’accrocher au statu quo et aux « réseaux ». Ce qui serait considéré comme un affront à l’éthique ailleurs est devenu monnaie courante ici. Un échange anecdotique avec un militaire illustre cette mentalité : « Ce que Motaze cherche là, il va voir, il ne peut pas laisser les gros poissons pour s’en prendre aux miettes des agents de l’État », témoignant d’une résistance au contrôle des dépenses publiques.

Comment, en effet, prétendre vouloir le changement tout en s’indignant d’une simple opération de régulation des finances de l’État ? Comment aspirer à une transformation tout en truquant les balances au marché, vendant un kilogramme de viande pour le prix de deux ?

Certains fonctionnaires, clamant leur désir de changement, s’exilent au Canada mais confient leurs cartes bancaires à leurs proches pour continuer à percevoir indûment leurs salaires au Cameroun. Une fois à l’étranger, ils se transforment en fervents critiques sur les réseaux sociaux : « Paul Biya doit partir, nous voulons le changement ». Mais quel changement, s’interroge Noutack II, quand le salaire perçu mensuellement ne correspond à aucun service rendu à l’État du Cameroun ?

Des opposants autoproclamés dénoncent la mauvaise gestion du pays à la télévision, mais à minuit, ils rencontrent des ministres pour monnayer des places dans les grandes écoles pour leurs enfants, cousins et neveux. D’autres, farouches critiques en public, négocient des marchés publics mal exécutés pour leur propre profit.

Le commerçant qui clame « changement oyeee, Paul Biya est mauvais, vive le Sénégal » est souvent celui qui ne paie pas ses impôts, trafique les dates de péremption pour vendre des produits avariés. Quel changement peut-il espérer ?

Ceux qui se plaignent que « le pays va mal, Biya doit dégager » sont parfois les mêmes qui arrivent au bureau à 10h, désertent à midi pour gérer leur boutique au marché central ou à Mokolo, et sont les premiers à la banque dès le 25 du mois.

Le désir de changement est-il sincère chez ceux qui vendent les notes aux élèves et étudiants, pratiquent le harcèlement sexuel et moral ? Chez ceux qui vivent de la contrefaçon et du frelaté, financent des campagnes électorales avec cet argent illicite, espérant un résultat positif ?

« Nous sommes fatigués de Paul Biya », entend-on, mais c’est le même individu qui trafique son compteur d’eau et d’électricité, allant jusqu’à revendre illégalement de l’énergie à ses voisins. Si un véritable changement survenait, comment ces personnes s’accommoderaient-elles ?

L’admiration pour la démocratie sénégalaise contraste avec la réalité locale où des convictions sont vendues pour quelques milliers de FCFA, un morceau de pain et un t-shirt. Cela ne reflète pas un désir authentique de changement.

Jeter des ordures partout, ne respecter aucune norme, salir les rues, tout en criant au changement derrière un opposant, relève d’une contradiction flagrante.

Les médecins qui désertent les hôpitaux publics pour se concentrer sur leurs cliniques privées, les policiers qui guettent les automobilistes sans papiers pour les faire « passer à la caisse », les promoteurs d’instituts universitaires privés qui vendent des filières sans débouchés pour spolier les parents, les journalistes dont les reportages dépendent d’appels nocturnes, les proviseurs qui achètent leurs postes et exploitent parents et élèves, les fonctionnaires dont l’humeur dépend d’une enveloppe : tous ces acteurs, veulent-ils réellement le changement ?

Au-delà des ministres et des hauts fonctionnaires, souvent pointés du doigt, la question s’adresse au citoyen lambda : est-il vraiment prêt pour le changement ?

La vérité, selon Armand Noutack II, est que la corruption au Cameroun est profondément ancrée, non pas superficiellement, mais dans les mentalités mêmes. C’est là que réside la véritable douleur. Le Camerounais ne souhaite le changement que si ses intérêts frauduleux ne sont pas menacés, et cela concerne toutes les couches de la société, y compris ceux qui se disent opposants.

Si chacun ne peut incarner le changement qu’il souhaite pour son pays, alors le silence s’impose. Noutack II rappelle l’importance de justifier les allocations familiales par des actes de naissance et des preuves de scolarisation, sous peine de devoir rembourser les sommes perçues illégalement, voire de faire face à la justice.

Il conseille au ministre Motaze d’infiltrer chaque corps de métier pour identifier et sanctionner les agents de terrain corrompus. Pour bâtir un Cameroun nouveau après le départ du Président Biya, il sera impératif de démanteler cette toile d’araignée de corruption mentale qui piège tous les Camerounais depuis 43 ans, sans distinction de pouvoir ou d’opposition. Sans cela, l’avenir reste incertain.

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