Violence au Nigeria : le calvaire des populations après les attaques de Pâques
Entretien exclusif avec Mgr Bulus Dauwa Yohanna, évêque de Kontagora. Le diocèse, situé dans des États en proie à la terreur des groupes criminels, dénonce des violences aux conséquences dramatiques.
Le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique, continue de payer un lourd tribut à l’insécurité. Depuis le Samedi saint dernier, des massacres d’une violence inouïe ont de nouveau endeuillé plusieurs localités. Ces attaques, menées par des groupes criminels, s’ajoutent à une crise humanitaire déjà alarmante : des milliers de morts et des dizaines de milliers de déplacés.
Mgr Bulus Dauwa Yohanna, évêque du diocèse de Kontagora, qui couvre les États du Niger et du Kebbi, alerte sur la situation critique dans sa région. Selon ses témoignages, les assaillants, partis de la réserve de Borgu dans l’État du Niger, ont parcouru plus de 100 km à moto, semant la terreur sur leur passage. Malgré les alertes, les forces de sécurité nigérianes n’ont pas réussi à les intercepter.
Les villages de Debe, Kelkemi, Binua et Kaura, situés dans la zone administrative locale de Shanga (État du Kebbi), ont été particulièrement touchés. Toutes ces localités relèvent du diocèse de Kontagora. L’église catholique et la maison du catéchiste à Debe ont été entièrement détruites. Le catéchiste, sa famille et d’autres habitants ont échappé de justesse au massacre, tandis qu’un pasteur pentecôtiste local a été tué. Une mosquée a également été rasée.
Des groupes criminels incontrôlables
Le prélat précise que le nombre exact de victimes reste difficile à établir en raison de l’occupation prolongée des villages par les bandits. « Ils ont empêché l’inhumation des corps pendant deux jours », explique-t-il. Selon les disparitions signalées, le bilan s’élèverait à au moins 24 morts. Près de 500 personnes se cachent encore dans la paroisse de Yauri et dans d’autres zones du diocèse.
Les attaques ne ciblent pas uniquement les chrétiens : musulmans et adeptes des religions traditionnelles sont également victimes de cette barbarie. Mgr Dauwa Yohanna émet l’hypothèse que ces violences pourraient être orchestrées par des éleveurs peuls cherchant à s’emparer de terres par la force. « Depuis juillet 2025, la situation s’est dramatiquement dégradée dans le diocèse de Kontagora », confie-t-il. « Dans le doyenné de Borgu, à l’ouest du fleuve Niger et à la frontière du Bénin, les bandits contrôlent plus de 10 000 km². » Hormis quelques villages comme Babana, Papiri et Agwara, où l’armée et la police sont présentes, l’ensemble du territoire est sous l’emprise de ces criminels.
Une population en état de choc
La terreur s’est installée dans le quotidien des habitants. Les fidèles craignent désormais d’assister aux offices religieux, de peur d’être tués ou enlevés. Les célébrations de Pâques ont dû être réduites, et de nombreux croyants n’ont pu y participer. Dans quatre paroisses du diocèse, aucun prêtre n’ose plus se rendre par crainte pour sa vie.
Malgré les condamnations répétées de la Conférence des évêques du Nigeria, la situation reste inchangée. L’Église catholique, bien que très engagée, se dit impuissante face à l’ampleur des violences. « Les autorités réagissent au coup par coup, sans stratégie proactive », regrette l’évêque. « Ces criminels agissent sans allégeance claire, rendant toute négociation impossible. La population est livrée à elle-même, tandis que les forces de l’ordre peinent à rétablir l’ordre. »
Un appel à l’aide internationale
Face à l’urgence de la situation, Mgr Bulus Dauwa Yohanna lance un appel pressant à la communauté internationale. Il demande l’organisation de missions diplomatiques dans les zones sinistrées pour permettre aux représentants étrangers de constater la réalité des faits. « Les médias ont un rôle clé à jouer pour alerter l’opinion publique sur ces atrocités qui se répètent chaque jour », souligne-t-il. « Le Nigeria sombre dans le chaos, poussant des milliers de personnes à fuir leur foyer ».