Un agent français lourdement condamné au Mali, Paris dénonce des accusations infondées

Le ministère des Affaires étrangères à Paris ( AFP / CLEMENS BILAN )

La justice malienne a statué ce vendredi, prononçant une sentence sévère à l’encontre d’un agent des services de renseignement français, bénéficiant d’un statut diplomatique. Détenu à Bamako depuis près de dix mois, l’homme a été condamné à 20 ans de prison ferme pour « atteinte à la sûreté de l’État ». En réaction, le gouvernement français a vivement contesté cette décision, qualifiant les accusations de « sans fondement ».

Arrêté en août 2025, l’agent français était soupçonné de conspiration contre les institutions de ce pays sahélien, actuellement dirigé par une junte militaire dont les relations avec la France sont tendues. Outre sa peine de prison, il est frappé d’une interdiction de séjour au Mali pour une durée équivalente et devra s’acquitter d’une amende de 5 400 euros, selon des informations émanant de sources judiciaires concordantes.

Le procès s’est tenu la veille, jeudi, devant la chambre criminelle du pôle spécialisé dans la lutte antiterroriste. Le verdict a été rendu public ce vendredi. Les mêmes sources, qui ont requis l’anonymat pour des raisons de sécurité, ont précisé que les audiences se sont déroulées à huis clos.

Identifié sous le nom de Yann V., l’agent français avait été interpellé le 13 août 2025 lors d’une opération menée par la Sécurité d’État (SE), les services de renseignement maliens.

Officiellement accrédité auprès de l’ambassade de France à Bamako, l’officier a été arrêté en compagnie de plusieurs officiers des Forces armées maliennes (FAMa).

Ces derniers, qui ont depuis été radiés de l’armée, n’ont pas encore été jugés. Ils font face à des accusations d’avoir orchestré un réseau d’espionnage et de complot visant à déstabiliser les institutions de la transition malienne en vue de fomenter un coup d’État.

Dès l’annonce de l’arrestation, le ministère français des Affaires étrangères avait dénoncé des « accusations sans fondement » et exigé la « libération sans délai » de son ressortissant.

Dans les jours qui ont suivi l’interpellation de son agent, la France avait riposté en suspendant sa coopération antiterroriste avec le Mali et en ordonnant à deux diplomates maliens de quitter le territoire français.

Ce vendredi, suite à l’annonce du jugement, le ministère français des Affaires étrangères a de nouveau réfuté catégoriquement les « accusations sans fondement ».

« La position de la France concernant cette situation est restée ferme et constante depuis l’arrestation de notre agent, et elle demeure inchangée », a affirmé le ministère français.

Il a ajouté que « l’arrestation, le 13 août 2025, de notre agent diplomatique dûment accrédité auprès de la République du Mali, sa détention ainsi que son procès constituent une violation flagrante de la Convention de Vienne, un texte international auquel la République du Mali est partie prenante ».

– Paris cherche une « issue rapide » –

Selon les autorités françaises, leur agent est l’objet d’une procédure judiciaire basée sur des accusations infondées, et « tous les moyens sont mis en œuvre pour trouver une issue rapide à ce dossier ».

Le ministère réitère que l’agent français « accomplissait une mission de coopération sécuritaire et qu’en aucun cas la France n’a participé, directement ou indirectement, à la déstabilisation du Mali ».

Depuis 2012, le Mali est plongé dans une crise sécuritaire profonde, alimentée par les violences de groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique (EI), ainsi que par des groupes criminels communautaires. Le pays est dirigé par une junte militaire arrivée au pouvoir après deux coups d’État successifs en 2020 et 2021.

Les autorités de Bamako se sont progressivement éloignées de leurs partenaires occidentaux, notamment de l’ancien colonisateur français, pour se tourner politiquement et militairement vers la Russie. Cette réorientation stratégique s’inscrit dans un contexte où la zone sahélienne fait face à des défis sécuritaires persistants.

La situation sécuritaire dans ce pays d’Afrique de l’Ouest demeure critique, comme en témoignent les attaques coordonnées d’une ampleur inédite menées les 25 et 26 avril derniers. Ces assauts, attribués à des jihadistes du JNIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans) alliés à la rébellion du Front de libération de l’Azawad (FLA), à dominante touareg, ont ciblé des positions stratégiques de la junte dans plusieurs régions. Ils ont notamment coûté la vie au ministre malien de la Défense, Sadio Camara, 47 ans, figure emblématique de la junte, décédé lors d’un attentat-suicide.