Économie
Sonara en feu : le grand jeu des 700 milliards de FCFA autour de Paul Biya
Sept ans après le drame qui a ravagé la Sonara, son directeur général s’exprime devant les médias internationaux pour annoncer une renaissance. Pourtant, aucun accord concret n’a été signé.
Une communication spectaculaire sans engagement concret
Sept ans après l’incendie qui a détruit la Sonara, son directeur général a tenu une conférence de presse pour déclarer sa renaissance. Pourtant, aucune signature de partenariat financier n’a été annoncée. Seule une évaluation des coûts de reconstruction a été évoquée, avant même de rechercher des partenaires.
Le modèle Design-Build-Finance-Maintain a été présenté comme solution, mais cette approche soulève des questions : combien de temps faudra-t-il pour trouver un partenaire prêt à investir ? L’expérience camerounaise montre que les accords signés ne sont souvent que des leurres avant de se tourner vers les banques pour financer les projets.
Un timing qui intrigue : Snh et la raffinerie de Kribi
Cette déclaration intervient quelques jours après les félicitations du patronat camerounais à la Snh pour la nouvelle raffinerie de Kribi, pilotée par Nathalie Moudiki. Une coïncidence troublante alors que le président Paul Biya réévalue ses nominations depuis la Suisse.
La Sonara a intégré dans son discours une unité d’hydrocraqueur, présentée comme une innovation majeure pour raffiner le pétrole local. Pourtant, ce projet existait déjà avant l’incendie et est déjà intégré dans la raffinerie de Kribi.
Sabotage ou stratégie politique ?
Des lanceurs d’alerte ont récemment ciblé Boris Bertolt, multipliant les publications contre la raffinerie de Kribi. Ces attaques coïncident avec l’annonce de la Sonara. Pourtant, la Snh salue l’héritage de la Sonara. En 2020, une délégation de Lukoil a proposé un plan de reconstruction, mais le gouvernement camerounais n’a pas donné suite.
Les partisans du régime privilégient les importations via des traders, invoquant des raisons de souveraineté. Pourtant, le Nigeria, deuxième producteur africain de pétrole, a une raffinerie privée (Dangote) qui traite plus de 60 % de sa production. Pourquoi le Cameroun, avec ses ressources, ne suit pas cet exemple ?
Des modèles internationaux ignorés
La Chine construit des raffineries en Angola (Lobito) et en Zambie (Copperbelt). La Russie construit la première raffinerie de l’Ouganda, et un autre projet est en cours au Congo. Pourquoi le Cameroun ne s’inspire-t-il pas de ces modèles ?
Une communication pour influencer l’opinion
En réalité, cette déclaration semble destinée à impressionner le président Paul Biya, alors qu’il réévalue l’action de ses collaborateurs en Suisse. Le timing et les arguments avancés laissent penser à une opération d’influence plutôt qu’à une véritable stratégie de reconstruction.
