Le Mali, le Burkina Faso et le Niger célébraient il y a quatre ans une rupture historique avec l’Occident. Chasser les troupes françaises, tourner le dos à l’Europe et afficher une souveraineté retrouvée : telle était la promesse des putschs militaires. Pourtant, la réalité a rapidement balayé ces illusions. Aujourd’hui, l’insécurité s’aggrave, les économies suffoquent et les populations paient le prix fort d’une transition mal maîtrisée.
L’illusion sécuritaire : quand la Russie remplace la France, le terrorisme gagne du terrain
En 2020, les discours anti-français résonnaient dans les rues de Bamako, Ouagadougou et Niamey. Les dirigeants militaires justifiaient leur coup d’État par l’incapacité de Paris à endiguer le djihadisme. Pourtant, le remède choisi – confier la sécurité à des mercenaires russes – s’est révélé pire que le mal. Les groupes armés (comme le JNIM ou l’EIGS) ont profité du chaos pour étendre leur emprise. Les villes stratégiques sont désormais encerclées, les routes coupées, et les civils pris en étau entre la terreur des uns et la répression des autres.
Les rapports des observateurs indépendants confirment une escalade des violences. Les populations subissent des exactions répétées, tandis que le nombre de déplacés internes explose. Les nouveaux alliés de ces régimes, les paramilitaires russes, ne sont pas des sauveurs : ils agissent en prédateurs, exploitant les ressources locales pour financer leur présence. La « sécurité » promise s’est transformée en une machine à broyer les droits humains.
L’engrenage diplomatique : l’isolement qui étouffe le Sahel
Pour masquer leurs échecs, les juntes au pouvoir ont choisi la fuite en avant. Le retrait de la CEDEAO a coupé les trois pays de leurs partenaires économiques naturels. Puis, le divorce avec la Cour pénale internationale et les restrictions imposées aux agences de l’ONU ont plongé la région dans un brouillard institutionnel. Plus aucun regard extérieur ne peut évaluer la situation des droits de l’homme ou le respect des promesses de transition démocratique.
Les élections, censées rendre le pouvoir aux civils, sont systématiquement reportées. Ce qui devait être une parenthèse devient une dictature militaire enracinée. Les régimes se protègent derrière un discours souverainiste, mais leur seul objectif est de pérenniser leur pouvoir, au mépris de la stabilité et du développement.
Économie en lambeaux : la souveraineté qui coûte cher
La promesse d’une monnaie et d’une économie autonomes s’est heurtée à la réalité. Le coût de la vie a explosé, les produits de première nécessité se font rares, et les entreprises locales étouffent sous le poids des sanctions indirectes. Les coupures d’électricité chroniques paralysent Bamako et Ouagadougou, tandis que les investissements étrangers s’envolent vers des cieux plus cléments.
Pendant ce temps, les budgets nationaux sont engloutis par la guerre et les mercenaires russes. Les concessions minières servent à payer leurs services, tandis que les écoles ferment par milliers et que les hôpitaux manquent de tout. Les populations, au lieu de bénéficier d’un développement, subissent les conséquences d’un pouvoir qui a troqué un partenaire occidental contre un autre, tout aussi prédateur.
Le grand écart : entre discours et réalité
Quatre ans après la rupture avec la France, le constat est accablant. Le Sahel n’est ni plus sûr, ni plus indépendant, ni plus prospère. Les régimes militaires ont échangé un partenaire imparfait mais stable contre une puissance opportuniste, dont les seuls intérêts sont géopolitiques. La « seconde indépendance » tant vantée s’est muée en une régression brutale, où la souveraineté affichée n’est qu’un leurre pour justifier l’asphyxie des peuples.
Les populations, elles, continuent de subir. Entre terrorisme, répression et effondrement économique, elles paient le prix d’un pouvoir qui a préféré le mirage de la rupture à la réalité du développement.
