Au Sénégal, l’annonce d’une rencontre entre le président en fonction, Bassirou Diomaye Faye, et son prédécesseur, Macky Sall, a déclenché une vague de contestations parmi les familles des victimes de la répression politique qui a marqué la fin de son mandat. Ces citoyens, toujours en quête de justice et de réparations, voient dans cette initiative une provocation intolérable.
Qu’est-ce qui explique une telle polémique ? Quelles pourraient être les répercussions de cet échange sur le paysage politique sénégalais ? Pour éclairer ces interrogations, l’analyste politique Assane Samb partage son analyse des enjeux sous-jacents.
Le point de vue d’Assane Samb
Assane Samb : Cette rencontre, bien que prévisible, suscite des remous. Certains y voient une provocation, d’autres une nécessité diplomatique.
Lorsqu’il était encore membre du parti Pastef, Bassirou Diomaye Faye évitait soigneusement d’afficher un soutien public à Macky Sall. Aujourd’hui, après avoir rompu avec cette ligne, il n’hésite plus à franchir le pas. La situation a radicalement changé.
Il est important de rappeler que cette visite intervient dans un contexte marqué par des tensions sociales intenses entre 2021 et 2024. Les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre ont laissé des traces profondes dans la mémoire collective. Les associations de victimes, comme Amnesty International, estiment que Macky Sall porte une responsabilité particulière, en tant que garant de la sécurité publique et des libertés fondamentales, notamment le droit de manifester.
Un dilemme politique et moral
Assane Samb : La question se pose : Bassirou Diomaye Faye est-il tiraillé entre les impératifs diplomatiques de l’État et les attentes de sa base politique en matière de justice ? La réponse est claire : non. Il assume désormais pleinement cette rencontre, contrairement à son positionnement passé.
La candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations Unies ajoute une dimension supplémentaire à cette polémique. Son éventuelle élection, soutenue notamment par des pays africains comme le Burundi et par la Chine, pourrait renforcer les craintes d’un retour en force de l’ancien président.
Conséquences sur la réconciliation nationale et l’image du Sénégal
Sur la scène internationale, cette rencontre sera probablement bien accueillie par les autres chefs d’État africains. En revanche, sur le plan interne, elle risque d’accentuer la polarisation du débat politique.
Les victimes de la répression, les associations de défense des droits humains et une partie de la société civile restent vent debout contre cette initiative. Elles y voient une trahison des promesses de changement portées par le nouveau pouvoir.
