Désinformation au Mali : comment des comptes pro-AES ont détourné une infox sur un soldat français

Entre le 4 et le 9 juillet, une bataille intense s’est déroulée à Anéfis, dans le nord du Mali. L’armée malienne, appuyée par des éléments russes, affrontait des groupes armés terroristes. Pourtant, ces combats ont été le théâtre d’une campagne de désinformation visant à semer le doute sur la présence de soldats français dans la région.

Cette manipulation a pris de l’ampleur après l’annonce officielle de la mort d’un militaire français en France, le 7 juillet. Le sergent Pena, d’origine russe, a péri lors d’un exercice dans les Alpes. Les forces armées françaises ont rendu hommage à ce soldat, dont la disparition n’avait aucun lien avec les opérations au Sahel.

Le soldat français décédé lors d'un entrainement en France, le 7 Juillet, n'a rien à voir avec ce mercenaire russe tué au Mali en 2024.

Une manipulation qui s’appuie sur une photo d’archives

Dès le 9 juillet, des comptes pro-AES ont commencé à diffuser une infos mensongère sur X. Leur objectif : faire croire qu’un soldat français avait péri à Anéfis aux côtés de rebelles armés. Pour appuyer cette thèse, une photo macabre a été partagée. On y voyait un homme gisant dans le sable, vêtu d’un treillis militaire. Par son apparence, il ressemblait étrangement au légionnaire français décédé accidentellement.

Les manipulateurs ont exploité l’origine russe du sergent Pena pour créer une confusion volontaire. Pourtant, les spécialistes du Sahel ont rapidement identifié cette image comme un faux. Les clichés provenaient en réalité de la bataille de Tinzaouatène, deux ans plus tôt. Une recherche inversée a confirmé que la même photo, avec une meilleure résolution, représentait un mercenaire russe tué en 2024.

Aucun soldat français n'a été tué à Anéfis, ces posts sont mensongers.

Des vidéos de propagande pour étayer la falsification

Une vidéo de six minutes, diffusée en 2025 par le Front de libération de l’Azawad (FLA), a également servi de support à cette désinformation. Les images montraient des dépouilles de soldats, dont celle du mercenaire russe photographié en 2024. Les similitudes étaient frappantes : même position des corps, même type de camouflage, mêmes traits physiques.

Cette manipulation, bien que grossière, s’inscrit dans une stratégie plus large de dénigrement des forces françaises au Sahel. Depuis des années, certains comptes pro-AES accusent régulièrement l’armée française de soutenir des groupes terroristes, sans jamais apporter de preuves tangibles.

Ce document mis en ligne par l'un des mouvements armés du Nord du Mali, montre les soldats russes tués en 2024 dans le secteur de Tinzaouatène

Une tentative de manipulation qui a échoué

Malgré les efforts des propagandistes, cette infos frauduleuse n’a pas convaincu le public. Avec moins de 50 000 vues, elle est restée confinée aux cercles habituels de la désinformation sahélienne. Les internautes n’ont pas tardé à dénoncer cette manipulation, prouvant une fois de plus que les tentatives de propagande ont leurs limites.

Cette affaire rappelle à quel point la guerre de l’information est devenue un outil privilégié dans le Sahel. Pourtant, les preuves tangibles manquent souvent pour étayer ces accusations. Les soldats français, retirés du Mali depuis août 2022, continuent d’être la cible de rumeurs infondées.

Les mêmes comptes ont diffusé par la suite de fausses informations sur de prétendus prisonniers français. Il s'agit encore d'images d'archives.