réforme constitutionnelle au Sénégal : pourquoi un référendum s’impose pour ce texte historique

Le texte constitutionnel adopté par l’Assemblée nationale du Sénégal ce 29 juin 2026 ne sera pas appliqué directement. Le président Bassirou Diomaye Faye a choisi de le soumettre à un référendum national. Une décision justifiée par l’article 103 de la Constitution, annoncée en séance plénière par le ministre de la Justice, Moussa Sarr.
Cette réforme, portée par la majorité issue du PASTEF, ambitionne de redéfinir en profondeur les fondements institutionnels du pays. Ses objectifs ? Renforcer le rôle du Parlement, redistribuer les prérogatives entre le président et le Premier ministre, et instaurer une Cour constitutionnelle en lieu et place du Conseil constitutionnel actuel.
Mais pourquoi recourir à un référendum ? Le débat est intense au sein de la classe politique sénégalaise. D’un côté, les partisans y voient une avancée majeure vers une gouvernance plus équilibrée. De l’autre, ses opposants craignent une fragilisation des équilibres institutionnels.
Ce texte s’inscrit dans la continuité des promesses électorales du PASTEF lors de la présidentielle de 2024. Il propose une refonte des mécanismes étatiques, avec notamment la création d’une Cour constitutionnelle aux compétences élargies et une nouvelle répartition des rôles au sommet de l’État.
Pourquoi une réforme constitutionnelle maintenant ?

Cette réforme était l’un des engagements phares du PASTEF lors de la campagne présidentielle de 2024. Ses promoteurs la décrivent comme une réponse à un système politique jugé trop centralisé, où le pouvoir exécutif aurait concentré l’essentiel des prérogatives depuis des décennies.
L’élection de Bassirou Diomaye Faye avait suscité l’espoir d’une transformation rapide. Pourtant, la réalité politique a évolué : le président, bien qu’officiellement membre du PASTEF, a pris ses distances avec la direction du parti. Cette situation ajoute une dimension supplémentaire au débat sur la réforme.
Les défenseurs du texte y voient une nécessité pour moderniser les institutions et corriger les déséquilibres accumulés. Ses détracteurs, en revanche, redoutent une mutation du régime politique susceptible de modifier profondément l’équilibre des pouvoirs.
Quelles sont les principales réformes proposées dans le nouveau texte ?
La création d’une Cour constitutionnelle remplace le Conseil constitutionnel actuel. Ce changement s’accompagne d’une augmentation de ses attributions et de son indépendance.
Le nouvel organe, composé de neuf membres (dont sept juges), disposerait de prérogatives étendues :
- Contrôle des actes administratifs liés aux élections nationales.
- Examen des exceptions d’inconstitutionnalité devant les juridictions supérieures.
- Autorité renforcée de ses décisions, désormais opposables à toute personne physique ou morale.
- Possibilité pour le Premier ministre de saisir directement la Cour. Auparavant, cette prérogative était réservée au président et à un dixième des députés.
Pour ses partisans, cette réforme renforce l’indépendance de la justice constitutionnelle. Ses opposants s’interrogent, en revanche, sur les garanties d’autonomie réelles de cette nouvelle institution.
Un nouvel équilibre entre le président de la République et le Premier ministre
La réforme modifie la répartition des rôles au sein de l’exécutif sans remettre en cause le statut central du président. Le texte précise désormais que le chef de l’État détermine la politique nationale « en concertation avec le Premier ministre ».
Cette disposition introduit une logique de partage de l’autorité exécutive. Le Premier ministre pourrait présider le Conseil des ministres, mais uniquement sur délégation expresse du président et avec un ordre du jour fixé par ce dernier. Une autre innovation : la reconnaissance explicite des ministres délégués dans la composition du gouvernement.
L’objectif affiché est de réduire la concentration du pouvoir autour de la présidence, tout en maintenant le président comme figure centrale de l’exécutif. Le Sénégal ne deviendra pas une république parlementaire, mais le texte cherche à mieux répartir les responsabilités.
Une séparation renforcée entre la fonction présidentielle et les partis politiques
Le président ne pourra plus diriger un parti politique ou une coalition. Il lui sera interdit d’exercer toute fonction active au sein d’un mouvement politique, sauf à titre honorifique. En période électorale, il ne pourra participer à une campagne que s’il est candidat à sa réélection.
Le texte élargit également les règles d’incompatibilité : le président ne pourra exercer aucune autre fonction publique ou privée, même non rémunérée.
Les défenseurs de la réforme y voient une garantie d’impartialité institutionnelle. Ses opposants estiment, en revanche, que cette disposition pourrait affaiblir le lien politique entre un président élu et la majorité qui l’a porté au pouvoir.
Un Parlement renforcé dans son rôle de contrôle
La réforme constitutionnelle accorde de nouveaux pouvoirs à l’Assemblée nationale. Les députés disposeront de moyens de contrôle accrus, notamment via des commissions d’enquête élargies.
Parmi les innovations :
- Droit de résolution pour adopter des textes d’orientation.
- Obligation pour le gouvernement de rendre des comptes sur la gestion des ressources naturelles.
- Interdiction du cumul entre un mandat ministériel et un mandat local (maire ou président de conseil départemental).
Mieux encadrer la transition entre deux présidents

Le texte introduit un cadre juridique pour la période de transition entre deux mandats présidentiels. Le président sortant serait limité dans ses décisions engageant durablement le pays.
Durant cette phase, il ne pourrait notamment pas :
- Conclure des contrats stratégiques.
- Signer des conventions internationales majeures.
- Engager de nouvelles opérations financières importantes.
L’objectif ? Éviter qu’un pouvoir en fin de mandat ne prenne des décisions lourdes de conséquences pour son successeur.
Ce qui ne change pas dans le projet de réforme
Malgré les transformations proposées, plusieurs fondamentaux du système politique sénégalais restent inchangés :
- Le président reste élu au suffrage universel direct pour deux mandats de cinq ans maximum.
- La forme républicaine de l’État est préservée.
- Les principes fondamentaux protégés par l’article 103 de la Constitution sont maintenus.
Ce texte ne marque donc pas l’avènement d’une nouvelle République, mais vise à réorganiser le fonctionnement des institutions et à rééquilibrer les rapports entre les pouvoirs.
