Recapitalisation Eramet au Gabon : un député français dénonce une opération masquée

Une recapitalisation d’Eramet, dans laquelle le Gabon a injecté des fonds, suscite une polémique politique à Paris. Dans une question écrite publiée au Journal officiel, le député Arnaud Le Gall (LFI-NFP) interroge le gouvernement français sur les réelles motivations de cette opération. Selon lui, l’annonce d’un renforcement de la souveraineté minière gabonaise cacherait en réalité une aide financière en faveur du holding familial Duval, actionnaire principal d’Eramet via la SDPMI.

Une opération présentée comme stratégique, mais contestée

Les autorités gabonaises ont justifié cette recapitalisation comme une étape clé pour mieux contrôler les ressources nationales, notamment le manganèse, dont le pays est le premier producteur mondial grâce à Comilog, filiale historique d’Eramet. Libreville mise depuis des années sur une stratégie de reprise en main de ses secteurs stratégiques, illustrée par la révision du code minier et une implication accrue de l’État dans plusieurs filières.

Arnaud Le Gall rejette cette interprétation. Pour l’élu, cette opération s’apparenterait davantage à une solution de dernier recours pour des actionnaires français en difficulté. La famille Duval, historiquement liée à Eramet, fait face à des pressions financières bien documentées. Une recapitalisation soutenue par un investisseur souverain permettrait de stabiliser la structure actionnariale sans dilution brutale des parts historiques.

Le manganèse gabonais, enjeu industriel et financier

Le Gabon joue un rôle clé dans les revenus d’Eramet grâce à Comilog, dont les exportations de manganèse alimentent les chaînes de production mondiales et, récemment, les batteries. Le groupe développe également des projets dans le nickel et le lithium, des métaux essentiels pour la transition énergétique. Cette dépendance opérationnelle envers le sous-sol gabonais crée une asymétrie : Libreville fournit la ressource, mais la valeur ajoutée et les décisions stratégiques restent centralisées ailleurs.

L’entrée au capital de la holding parisienne visait précisément à corriger cette disparité. Cependant, comme le souligne la question parlementaire, les conditions financières et les contreparties concrètes restent floues. Arnaud Le Gall demande au gouvernement français de préciser si des intérêts publics français ont participé au montage, ainsi que les garanties obtenues par l’État gabonais en matière de gouvernance.

Un débat qui dépasse le cadre minier

Au-delà de l’affaire Eramet, cette polémique relance un débat plus large sur les relations économiques entre la France et le Gabon. Depuis la transition politique à Libreville, les autorités gabonaises affichent une volonté de renégocier les équilibres hérités, que ce soit dans les hydrocarbures ou les mines. Plusieurs groupes français, historiquement présents, voient leurs positions réévaluées. Cet épisode Eramet s’inscrit dans cette dynamique, avec une particularité : c’est l’État gabonais qui apporte des fonds à un groupe français, et non l’inverse.

Cette inversion des rôles explique l’ampleur de la controverse. Pour certains, cette opération marque l’émergence d’un actionnariat souverain africain capable d’influencer les décisions des majors européennes. Pour d’autres, comme Arnaud Le Gall, elle soulève des questions sur la pertinence financière de l’investissement et le rapport coût-bénéfice pour les finances publiques gabonaises. Le gouvernement français devra répondre à cette question parlementaire dans les délais impartis, ce qui pourrait lever le voile sur certains aspects encore obscurs du montage.

Cette affaire illustre la complexité croissante des relations économiques entre Paris et ses partenaires africains, où chaque opération d’envergure cristallise désormais des interprétations divergentes. Le député insiste sur la nécessité de clarifier l’ensemble des paramètres financiers de la recapitalisation et les éventuels engagements pris par l’exécutif français.