Les chants de « Sa-fo-nov » ont retenti à pleins poumons lorsque Gabriel a manqué son penalty à Budapest. Sur les Grands Boulevards, les fumigènes étaient déjà de sortie dès le premier tir au but transformé par Gonçalo Ramos, comme si tous les supporters parisiens anticipaient déjà une issue victorieuse. Dans les bars bondés, seule une poignée de privilégiés, souvent les plus grands, ont pu suivre l’intégralité de la séance de tirs au but sur les écrans, les autres se fiant aux réactions sonores de la foule après chaque tentative.
Après une période d’angoisse intense, l’explosion de joie consécutive au raté du joueur brésilien a transformé les artères de la ville en une joyeuse cacophonie. Les forces de l’ordre, déployées à quelques mètres, n’ont pas tardé à intervenir, aspergeant les fêtards de gaz lacrymogène. Un mouvement de foule s’en est suivi, chacun cherchant à se protéger le visage dans la précipitation.
131 interpellations, un bilan en nette baisse par rapport à 2025
La foule, encore sous l’effet du gaz mais toujours pleine d’énergie, s’est ensuite dirigée naturellement vers les Champs-Élysées, que ce soit à pied ou en empruntant le métro malgré la fermeture de plusieurs stations. Sur place, tous les accès étaient soumis à des fouilles intégrales. Cela n’a toutefois pas empêché l’introduction de nombreux feux d’artifice, lancés par quelques individus. Les regroupements pour se congratuler et entonner les refrains populaires des derniers mois, tels que « Après tant d’années » ou « Et Ousmane Ballon d’Or », étaient systématiquement interrompus par les charges des CRS, qui dispersaient la foule à coups de gaz.
Ce jeu du chat et de la souris entre les forces de l’ordre et les quelque 20 000 personnes présentes s’est poursuivi sans relâche durant la soirée. La préfecture de police de Paris a annoncé 131 interpellations et un policier blessé peu après 23 heures. Ce bilan est nettement inférieur à celui du 31 mai 2025, où la victoire du PSG contre l’Inter Milan avait entraîné 559 interpellations. « Il y a moins de débordements que l’année dernière, oui. Mais ce n’est pas fini, il faut voir comment ça va évoluer », a même confié un agent des CRS près d’une sortie, au niveau de la rue du Colisée.

La force de l’habitude ou la chaleur accablante de l’après-midi (le thermomètre ayant atteint 37 degrés) ont peut-être eu raison de l’agitation. « Il y a eu moins de stress cette fois-ci. On a déjà vécu ça il y a un an », a souligné Benji, un fidèle supporter. Des concerts de klaxons rue La Boétie, l’une des rares artères proches des Champs-Élysées non coupée à la circulation, aux Grands Boulevards, transformés en un véritable champ de bataille de feux d’artifice et de pétards en tout genre, les stigmates de la fête, bien que non encore achevée, étaient clairement visibles. Néanmoins, l’escadron d’une vingtaine de véhicules de police boulevard Montmartre, toujours présent à 23 heures, témoignait des tensions persistantes après le sacre.
Jusqu’à ce moment, Paris était une fête. Jamais depuis la finale de la Coupe du Monde 2018, remportée par les Bleus, la capitale n’avait été aussi bondée pour un événement footballistique. Plusieurs heures avant le coup d’envoi, des dizaines de milliers de supporters garnissaient déjà les rues surchauffées. Les innombrables tuniques parisiennes annonçaient une journée singulière. Dès la matinée, les conversations ne tournaient qu’autour du match, comme ces anciens à Ivry débattant des célébrations potentielles : « Je vais regarder le match à la maison, flemme de terminer en garde à vue bêtement ! »
Les mortiers et pétards, toujours disponibles à la vente sur plusieurs plateformes sociales à l’approche du coup d’envoi, renforçaient l’hypothèse d’une folie programmée. En fin de soirée, en remontant la rue du Faubourg-Montmartre tout en se frottant les yeux, irrités par la poudre de lacrymogène encore présente dans l’air, un vieux monsieur lançait à son voisin : « J’imagine que c’est le PSG qui a gagné. » Sans aucun doute.
