Nord-Kivu : l’urgence d’une réponse contre le paludisme menacée par l’exclusion des financements

Nord-Kivu : l’urgence d’une réponse contre le paludisme menacée par l’exclusion des financements

Alors que la date limite pour déposer les demandes de subventions du Fonds mondial approche, une ombre plane sur le Nord-Kivu. La province pourrait être écartée des financements dédiés à la lutte contre le paludisme en République Démocratique du Congo. Pourtant, cette région en proie aux conflits armés enregistre les taux les plus élevés de morbidité liés à cette maladie. L’exclusion de cette zone des prochains cycles budgétaires pourrait aggraver dramatiquement la situation sanitaire des populations déjà vulnérables.

Le cycle GC8 : un enjeu vital pour le Nord-Kivu

Le Fonds mondial s’apprête à lancer le cycle GC8 (2027-2029), destiné à financer la lutte contre le paludisme, le VIH et la tuberculose. Les demandes de subventions doivent être déposées avant la fin du mois de juillet. Pourtant, le Nord-Kivu, province gravement touchée par les violences armées, ne figure plus parmi les zones prioritaires pour la prévention et la prise en charge du paludisme. Ces financements déterminent directement l’accès aux soins pour les populations les plus fragilisées.

« Le Fonds mondial a été une véritable bouée de sauvetage pour le Nord-Kivu ces dernières années. Sans son soutien, la situation deviendra ingérable. Le paludisme est une maladie évitable et traitable, mais en 2026, des milliers de personnes risquent encore d’en mourir faute de moyens », déclare Stéphane Doyon, responsable des programmes de MSF.

L’exclusion du Nord-Kivu intervient dans un contexte déjà critique. La province fait face à une épidémie d’Ebola en expansion, et la superposition des symptômes entre les deux maladies complique les diagnostics. Les structures sanitaires locales, déjà sous tension, pourraient être submergées.

Conflit armé et explosion des cas de paludisme

« Le Nord-Kivu est l’une des provinces les plus confrontées à l’insécurité. Les déplacements forcés, l’insécurité alimentaire et les difficultés d’accès aux soins multiplient les risques de paludisme et de complications graves », souligne Stéphane Doyon.

Les combats entre les groupes armés et les forces gouvernementales poussent les civils à se réfugier dans des zones reculées, propices à la prolifération des moustiques. Les infrastructures sanitaires y sont quasi inexistantes, aggravant l’exposition à la maladie.

En 2025, dans les zones de santé de Bambo, Kibirizi et Rutshuru, le paludisme représentait entre 48 % et 58 % des consultations. Les chiffres sont alarmants :

  • Plus de 255 000 cas simples et 26 000 cas graves ont été pris en charge.
  • Plus de 165 560 patients ont été soignés grâce à l’intervention de MSF et du Ministère de la Santé.

La malnutrition, un facteur de risque majeur

La malnutrition aggrave considérablement l’impact du paludisme, notamment chez les enfants de moins de cinq ans. Les complications et les décès sont plus fréquents lorsque les deux pathologies se combinent.

Pénuries et affaiblissement des mesures de prévention

Les actions de prévention contre le paludisme ont déjà été drastiquement réduites. Depuis juin 2023, aucune moustiquaire imprégnée n’a été distribuée dans les zones historiquement couvertes par le Fonds mondial. Entre juillet et décembre 2025, aucun traitement ni test de dépistage n’a pu être livré au Nord-Kivu en raison de contraintes logistiques.

Face à ces lacunes, MSF a dû pallier les manquements en achetant des médicaments et des tests. Nos équipes ont assuré :

  • 53 % des traitements contre le paludisme simple ;
  • 35 % des traitements contre les formes graves dans les zones de Kibirizi, Bambo et Rutshuru.

Une situation intenable sur le long terme pour une province aussi vaste que le Nord-Kivu.

L’appel urgent de MSF pour une réintégration immédiate

À quelques jours de la clôture du cycle de subventions, MSF exhorte le Fonds mondial et les autorités congolaises à réintégrer le Nord-Kivu dans le programme GC8. Les équipes demandent également au Ministère de la Santé de Kinshasa de garantir une distribution équitable des ressources, basée uniquement sur les besoins réels des populations et l’ampleur de la maladie.