Un activiste nigérien derrière les barreaux après des appels à manifester
Nassirou Bodo a été écroué dans la soirée du mercredi 15 mai à la maison d’arrêt de Niamey. Le militant, connu pour son opposition au pouvoir en place, a été placé sous mandat de dépôt après sa présentation devant le parquet local. Cette décision fait suite à une garde-à-vue prolongée dans les locaux de la police nationale.
Kaka Touda, membre influent de la société civile nigérienne, a confirmé sur son compte Facebook l’incarcération de Nassirou Bodo. Les raisons précises de cette détention restent floues pour l’instant, alors que les autorités n’ont pas communiqué de détails officiels.
Des accusations floues et une mobilisation citoyenne dénoncée
Le quotidien L’Enquêteur a révélé jeudi que l’activiste est poursuivi pour « diffusion d’informations susceptibles de perturber l’ordre public ». Cette formulation, souvent utilisée dans les procédures judiciaires nigériennes, laisse planer un doute sur les véritables motivations de cette arrestation.
Quelques jours plus tôt, Nassirou Bodo avait appelé sur les réseaux sociaux à organiser des mouvements de protestation contre ce qu’il qualifie de « violences étatiques exercées à l’encontre des populations ». Dans sa publication, il proposait une mobilisation d’un an, renouvelable à partir du 1er juin, pour dénoncer les dérives du régime actuel.
Parmi les exemples cités par le militant figurent l’insécurité grandissante dans plusieurs régions du pays et les expulsions forcées, notamment celles des habitants de la zone de l’aéroport de Niamey. Ces derniers, dont les habitations ont été démolies, dénoncent des expropriations arbitraires. Les autorités justifient ces mesures par la nécessité de « sécuriser la capitale face à la menace terroriste ».
Un contexte sécuritaire et politique tendu
Le Niger fait face depuis plusieurs années à une escalade des violences perpétrées par des groupes armés affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique au Sahel. Cette insécurité persistante a conduit les autorités à renforcer les mesures de contrôle, notamment dans la capitale Niamey.
Depuis le coup d’État de juillet 2023 qui a porté les militaires au pouvoir, le pays connaît une période de restrictions accrues pour les voix dissidentes. Journalistes, militants et membres de la société civile sont régulièrement visés par des arrestations, des emprisonnements et, dans certains cas, des condamnations pour des motifs tels que la diffamation, l’atteinte à la sécurité nationale ou la conspiration contre l’État.
D’après les dernières données disponibles, 13 journalistes ont été arrêtés au Niger en 2025. Trois d’entre eux, dont un correspondant de la radio allemande Deutsche Welle, ont été libérés début mai après plusieurs mois de détention. Cinq autres journalistes restent encore derrière les barreaux, selon des associations locales de défense de la presse.
Moussa Tchangari, une figure emblématique de la société civile nigérienne et critique virulent de la junte, est incarcéré depuis décembre 2024. Il est poursuivi pour « apologie du terrorisme et atteinte à la sûreté de l’État », des chefs d’accusation qui soulèvent des interrogations sur la liberté d’expression dans le pays.
