Les tensions diplomatiques entre la junte militaire au pouvoir au Niger et la France s’intensifient. Le chef de la junte a publiquement remercié la Russie pour son soutien militaire suite à une attaque sur l’aéroport stratégique de Niamey. Il a également désigné nommément les présidents Emmanuel Macron (France), Patrice Talon (Bénin) et Alassane Ouattara (Côte d’Ivoire) comme les « sponsors » des assaillants. Selon les autorités nigériennes, cette offensive a entraîné la mort de vingt agresseurs, parmi lesquels figurerait un citoyen français, et a causé des blessures à quatre militaires nigériens, tandis que d’autres assaillants ont été appréhendés.

L’incident s’est déroulé dans la nuit de mercredi à jeudi. Le général Salifou Modi, ministre de la Défense du Niger, a précisé à la télévision nationale que la base aérienne 101 de Niamey avait été la cible d’un « groupe de mercenaires télécommandés » durant une trentaine de minutes, avant qu’une « riposte aéroterrestre » ne soit déclenchée.
Le général Abdourahamane Tiani, chef de la junte, a salué « l’ensemble des forces de défense et de sécurité […] ainsi que les partenaires russes » pour leur « professionnalisme ». Il a ensuite lancé un avertissement aux présidents accusés : « Nous rappelons aux sponsors de ces mercenaires, notamment à Emmanuel Macron, Patrice Talon, Alassane Ouattara : nous les avons suffisamment écoutés aboyer, qu’ils s’apprêtent eux aussi à leur tour à nous écouter. »
Enjeux stratégiques et uranium : le cœur de la Zone AES
L’identité exacte des commanditaires de cette attaque reste incertaine. Cependant, l’aéroport de Niamey représente un site d’une importance capitale. Il abrite non seulement une base de l’armée de l’air nigérienne et une infrastructure de drones moderne, mais aussi le quartier général de la Force unifiée de la Zone AES, regroupant le Niger, le Burkina Faso et le Mali, dédiée à la lutte contre les groupes djihadistes sévissant dans la région du Sahel. Cette force est un élément clé de l’Alliance des États du Sahel actualité.
Mais l’enjeu majeur de cet aéroport réside également dans une vaste cargaison d’uranium, dont le Niger est un producteur essentiel. Ce stock, estimé à plus de 1 000 tonnes, est au centre d’un différend avec le géant français Orano, qui allègue avoir été exproprié par l’État nigérien. Orano a d’ailleurs réaffirmé sa volonté d’engager des poursuites judiciaires contre le Niger et toute entité cherchant à s’approprier cet uranium. Les AES nouvelles et l’AES Mali Burkina Niger sont étroitement liées à ces questions de ressources.
Le ministre nigérien a rapporté que la « vigoureuse riposte aéroterrestre » a permis de « neutraliser 20 mercenaires et d’en arrêter 11 autres, dont la majorité est grièvement blessée », en plus de la récupération d’un « important matériel de guerre ». Malgré ces affirmations, de nombreux analystes privilégient l’hypothèse d’une attaque djihadiste. Le Niger est en effet confronté aux exactions du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM, affilié à Al-Qaïda) et de l’État islamique au Sahel (EIS) dans ses régions ouest, près de la capitale, et sud-est. Néanmoins, aucun groupe djihadiste n’avait revendiqué l’assaut jeudi soir, laissant planer le doute sur les véritables acteurs derrière cet événement.
