Alors que les frappes s’abattent sur Zanakoro et que des communiqués militaires se succèdent sans éclaircir les faits, une question cruciale s’impose : qui protège réellement les civils au Mali ? L’état-major des forces armées maliennes a reconnu un « incident tragique » ayant causé des pertes humaines, mais sans préciser ni le lieu, ni le bilan, ni les circonstances. Entre les témoignages accablants des survivants et les allégations répétées de violations des droits humains, le doute s’installe : les opérations militaires, qu’elles soient menées par les FAMa ou leurs partenaires étrangers, garantissent-elles véritablement la sécurité des populations ?
Zanakoro, un village endeuillé et des réponses absentes
Le 12 octobre 2026, des bombardements ont frappé Zanakoro, dans la région de Ségou, faisant au moins huit morts, principalement des femmes et des enfants, dont une femme enceinte et trois fillettes de moins de dix ans. Selon des habitants et des responsables communautaires, les frappes ont visé un rassemblement festif, laissant plusieurs familles endeuillées et d’autres en fuite. Pourtant, l’état-major malien, dans son communiqué du 14 octobre, reste évasif : aucun lien officiel n’est établi avec Zanakoro, et aucun détail n’est communiqué sur le lieu, la date ou les victimes de l’« incident tragique » reconnu. Pourquoi une telle opacité ? Pour les proches des victimes, cette absence de transparence équivaut à une seconde injustice.
Exactions documentées : quand les alliés militaires deviennent des menaces
Les allégations de violations des droits humains contre les FAMa et leurs partenaires, notamment le groupe Wagner puis Africa Corps, se multiplient. Un rapport d’Amnesty International publié en septembre 2026 documente sept incidents entre juin 2023 et décembre 2025, ayant causé la mort de 34 civils, dont des membres des communautés Peule, Touarègue et Arabe. Les méthodes décrites – exécutions sommaires, tortures, détentions arbitraires – évoquent des crimes de guerre. Plus récemment, en juillet 2026, Human Rights Watch a recensé huit morts civils, dont trois enfants, lors de frappes attribuées à Africa Corps dans le village de Kyrnia (région de Mopti). Ces accusations, si elles sont confirmées, remettent en cause la légitimité même de la lutte antiterroriste.
Des partenariats militaires sous surveillance internationale
Le remplacement de Wagner par Africa Corps n’a pas apaisé les craintes. Bien que cette nouvelle structure soit officiellement sous contrôle russe, les mêmes méthodes sont dénoncées : ciblage de civils, bombardements indiscriminés et absence de mécanismes de contrôle crédibles. Les organisations de défense des droits humains appellent à des enquêtes indépendantes, soulignant que l’impunité alimente un cycle de violence contre les populations les plus vulnérables.
Silences militaires et devoir de transparence : un équilibre impossible ?
Le droit international humanitaire est clair : les parties au conflit doivent distinguer civils et combattants, éviter les attaques indiscriminées et protéger les populations. Pourtant, au Mali, les victimes civiles s’accumulent sans que les responsabilités ne soient établies. Le communiqué de l’état-major du 14 octobre, bien qu’admettant un drame, ne répond à aucune des questions essentielles : où ? quand ? combien de morts ? qui est responsable ? Sans réponses, comment restaurer la confiance des citoyens envers leurs institutions ?
Pour les familles de Zanakoro, comme pour celles touchées par d’autres incidents, la vérité est une urgence. Elle seule peut permettre d’engager des réparations et d’éviter que ces drames ne se répètent. Mais face à l’opacité persistante, une autre question émerge : jusqu’où l’absence de transparence peut-elle être tolérée au nom de la sécurité nationale ?
La lutte antiterroriste justifie-t-elle les atteintes aux droits ?
Le Mali reste sous la menace des groupes armés, et les pertes civiles liées aux attaques jihadistes sont réelles. Pourtant, la réponse à cette crise ne peut se résumer à des opérations militaires aveugles. Le droit de la guerre impose des limites strictes : une attaque ne peut être disproportionnée, et les civils doivent être épargnés. Lorsque des violations sont commises, elles doivent donner lieu à des enquêtes impartiales et à des sanctions. Sans cela, c’est la crédibilité même des forces engagées qui est remise en cause.
Alors que Africa Corps poursuit ses activités aux côtés des FAMa, le manque de transparence interroge : ces partenariats servent-ils vraiment la sécurité des Maliens, ou alimentent-ils une spirale de violences ? Une chose est sûre : sans vérité, sans justice, et sans protection effective des civils, le cycle des victimes et des silences ne fera que s’aggraver.