Mali : l’énigme de la passivité russe face aux assauts rebelles au Sahel

Le régime militaire malien est sous pression suite à une série d’attaques coordonnées, orchestrées par des rebelles Touaregs et des groupes djihadistes, touchant notamment la capitale, Bamako. Étonnamment, les forces russes, partenaires de la junte malienne et successeurs de l’opération française, ont abandonné la ville stratégique de Kidal, située dans le nord du pays, sans opposer de résistance. Cette situation met en lumière la fragilité de la sécurité dans la zone Sahel.

Des séquences vidéo révèlent une scène inattendue : des convois de soldats russes se retirant de Kidal, au nord du Mali, sans engager le combat. Cette évacuation, s’apparentant à une déroute, a laissé la ville aux mains de groupes rebelles Touaregs et de leurs alliés djihadistes, marquant un tournant dans la sécurité du Sahel.

Cette inaction des troupes russes prend une dimension particulière, survenant après que le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GNIM) ait revendiqué des assauts synchronisés à travers le Mali, y compris à Bamako. Le communiqué du GNIM avertissait spécifiquement les Russes de ne pas intervenir, suggérant une volonté de maintenir des canaux de communication futurs.

Les quelque 2500 membres de l’Africa Corps, la nouvelle entité ayant remplacé le groupe Wagner, déployés au Mali, ont observé une étrange passivité. Cette inaction est d’autant plus frappante que le gouvernement de Bamako traverse sa crise sécuritaire la plus grave depuis cinq ans. C’est une réelle désillusion pour la junte malienne, qui avait évincé la France en 2022, et un revers majeur pour la Russie, perçue à l’origine comme un partenaire salvateur pour la stabilité du Sahel actualité.

Le régime malien face à des revers sécuritaires majeurs

Le ministre de la Défense a tragiquement perdu la vie lors de l’assaut de sa résidence, tandis que les groupes djihadistes et rebelles lançaient des offensives coordonnées sur plusieurs régions, passant inaperçus. Il est désormais manifeste qu’ils ont réussi à étendre leur emprise sur de vastes étendues du territoire malien.

La chute de Kidal revêt une signification symbolique profonde. Cette place forte de la rébellion Touareg avait été reprise en 2023 par l’armée malienne, avec le soutien russe, après plus d’une décennie sous le contrôle des séparatistes de l’Azawad. Cette victoire avait initialement consolidé l’autorité du colonel Assimi Goïta, chef de la junte, peu après le retrait des forces françaises et onusiennes.

Trois ans après, une stratégie sécuritaire en échec

L’accaparement du pouvoir, caractérisé par la dissolution des partis politiques et la nomination non-électorale du chef de l’État, suscite un mécontentement croissant au sein d’une population prise au piège des conflits. Récemment, Bamako a connu un quasi-blocus, entravant l’approvisionnement en carburant des nations voisines. Bien qu’il soit prématuré de spéculer sur l’effondrement du gouvernement malien, sa position est incontestablement précaire.

Les enjeux sont considérables : le Mali risque d’être fragmenté entre les velléités indépendantistes Touaregs au nord et les multiples factions djihadistes qui se disputent le contrôle territorial. L’impact s’étend à toute la région, car le GNIM, acteur majeur de cette dynamique au Mali, est un groupe lié à Al-Qaïda avec des ambitions régionales. Une éventuelle chute de Bamako pourrait menacer le Niger et le Burkina Faso, partenaires au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), ce qui ferait les gros titres des AES nouvelles. Cette situation illustre la gravité de l’actualité de la Zone AES et les défis sécuritaires majeurs pour l’AES Mali Burkina Niger, sans oublier les nations côtières déjà confrontées aux incursions djihadistes.

Une décennie d’instabilité au Sahel : les racines d’une crise profonde

L’intervention française de 2014, initialement destinée à protéger Bamako d’une colonne djihadiste, avait permis aux forces maliennes de reprendre le contrôle des territoires du nord, qui étaient alors hors de leur emprise.

Cependant, le succès initial n’a pas été pérennisé, générant une frustration grandissante qui a culminé avec des coups d’État militaires successifs, le départ des troupes françaises et l’arrivée des forces russes. Quatre ans après ce changement de partenariat, la région est confrontée à un nouvel échec, avec des conséquences désastreuses pour les populations locales.